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mardi 9 décembre 2014

Dan Simmons – Terreur

Il y a des bouquins qu'on achète sur un coup de tête. Celui-là, ce fut sur un tweet, de @padre_pio, louant l'ambiance oppressante et l'écriture de Dan Simmons.

thabbof.jpgSacré pavé. Un bon millier de pages. Sur la couverture, des cadavres sur la neige, un cairn, la banquise, des montagnes qui m'évoquent, plus hallucinées, celles de Lovecraft. Je n'ai pas lu de bouquin-qui-fait-peur depuis mes 15 ans. Le dernier fut Simetierre, il m'empêcha si longtemps de dormir que je me jurais alors qu'on ne m'y prendrait plus. Il faut dire que j'arrive à sursauter en regardant How I met your mother, c'est dire si mon cas est désespéré.

Alors pourquoi ai-je décider de lire un truc baptisé Terreur ?

Je suis faible et influençable. Mais toute compte fait, Terreur n'est pas du tout un bouquin d'horreur. Je n'ai jamais refermé le livre par peur de la page suivante, ni ne les ai tournées frénétiquement pour savoir.

Dan Simmons - TerreurEn 1847, l'expédition polaire de sir James Franklin est prisonnière des glaces. Le HMS Erebus et le HMS Terror, navires d'exploration en quête du passage nord-ouest, on quitté l'Angleterre pour rejoindre l'Alaska en passant au-delà du cercle polaire. Mal préparés, mal commandés, ses 109 hommes se retrouvent coincés dans la banquise, au cœur de la nuit polaire. Terreur est le récit de la plongée dans le désespoir et la folie de deux équipages perdus dans les glaces, inaccessibles à toute mission de secours, prisonniers d'un désert dont ils ne peuvent rien espérer. Pas d'eau, pas de nourriture, le froid, le froid toujours, au cours de deux années marquées par la mort et la solitude. Terreur est une étude de la folie et de la grandeur humaines, et on finit par se demander si la chose qui rôde sur les glaces ne serait pas un genre de prétexte destiné à attisé l'intérêt du lecteur. Ou démontrer, assez balourdement, que le pire monstre n'est pas celui qu'on croit. Car l'intérêt de Terreur ne réside pas du tout dans cette intrigue qui confine avec le surnaturel. C'est l'étude des personnages et le cadre qui font tout le sel du roman. Le récit alterne les points de vue sans presque jamais rompre avec le déroulement de l'histoire, dépeignant l'enfer polaire avec une grâce et une précision qui parviennent à ne jamais paraître artificielles.

Malheureusement, hormis l'intérêt finalement limité du prétexte de l'histoire, le monstre des glaces, Terreur souffre d'autres défauts qui limitent mon envie de vous le recommander. D'abord, c'est long. Trop long, vraiment trop long. 1000 pages, là où 600 auraient probablement été suffisantes. A la troisième énumération des morts, poste par poste, j'ai cru stopper là ma lecture. Et puis on a du mal à croire que les pires pourritures qui composent l'équipage ne soient pas arrêtées plus tôt, même si Simmons tente de justifier leur survie. D'autant que si les membres d'équipage auxquels Simmons tente de nous attacher meurent les uns après les autres dans des circonstances plus atroces les unes que les autres, à cause du froid, de la faim, de la bête ou de la folie de leurs semblables, on a du mal à regretter leur départ. Dan Simmons n'est pas GRR Martin...

Enfin, et un ami m'avait rappelé, alors que j'entamais ma lecture, que cet auteur ratait toujours ses fins, enfin, disais-je, la fin tombe complètement à plat. Les 50 dernières pages rompent avec le récit et expédient une rédemption mystique qui vient dénouer le mystère de la bête des glaces. Mais pourquoi ?

Que reste-t-il, du coup, de Terreur ? Une ambiance parfaite. La banquise, la nuit polaire, les navires prisonniers des glaces, l'équipage. Ils valent largement la lecture de ce monstrueux pavé. Mais la faiblesse de l'intrigue et ses longueurs gâchent clairement le souvenir...

lundi 15 octobre 2012

Helen Lowe - Le Mur de la Nuit T1 : L’Héritière de la Nuit

felixlol.jpgJ'ai, depuis quelque temps, de la chance : les livres sur lesquels je tombe me plaisent. Non qu'ils soient des plus originaux - contrairement à Thabanne, je suis assez bon public et les vieilles recettes me satisfont, tant que le plat est savoureux - mais ils ont tous un je ne sais quoi d'attachant et de magique...et ce roman ne fait pas exception à cette règle.
On est typiquement en plein dans les recettes éculées, mon court résumé de l'intrigue devrait vous en convaincre : la jeune Malian est l'héritière de la Maison de la Nuit, laquelle - au sein du peuple Deraï - assume la garde du Mur de la Nuit, dernier bastion entre le monde et l’Essaim des ténèbres. Malian a reçu une éducation conforme au rôle qu'elle devra assumer : histoire du peuple Deraï - héros, querelles intestines divisant les Neuf Maisons, faits d'armes... - protocole et traditions, écrits et savoirs théoriques et pratiques, art de la guerre, etc. Cependant, nul ne l'a réellement préparé à l'horrible réalité d'un assaut de l’Essaim des ténèbres.
Héritière de la NuitJ'ai acquis ce bouquin complètement par hasard, alors que j'attendais pour un dossier et que j'avais oublié d'apporter du boulot. un petit tour à la librairie la plus proche, je tombe sur ce roman...et j'ai failli louper la greffière lorsqu'elle a appelé le dossier ! La trame simple, archi connue, de l'adolescent qui se retrouve traqué suite à divers évènements dramatiques et qui doit apprendre à maîtriser son potentiel ou ses pouvoirs afin de sauver le monde, est en effet amplement rachetée par la richesse de la civilisation Deraï, que le lecteur découvre peu à peu, ainsi que par la qualité de la narration, immersive et très rythmée. Le lecteur est rapidement plongé dans l'action et a au départ quelques difficultés à replacer les éléments dans leur contexte. Les explications viennent en cours de lecture, de manière fluide et naturelle, l'ensemble formant un tout très attachant. Quant au monde, il est sombre et désespéré, plein de promesses en somme. « Si la nuit tombe...tout tombe », l'adage du peuple Deraï s'avère plus qu'un simple motif de l'orgueil d'une Maison.
Je garde un excellent souvenir de ce roman, le seul bémol que je formulerais est relatif à la menace à laquelle le monde fait face. Je crains en effet une surenchère délirante d'opposants tous plus puissants les uns que les autres, source obligée d'absence de réalisme. Jusque là, tout baigne : les monstres créent leur lot de morts et de blessés, les pertes sont lourdes et statistiquement vraisemblables - je déteste que les seuls morts d'un roman soient les anonymes - et les fiers Deraï sont tout penauds lorsqu'ils sont confrontés à la pleine puissance d'ennemis haïs mais qu'ils n'ont pas affronté directement depuis des générations. Espérons que la suite sera dans la même veine...
Vivement la suite donc, en espérant qu'elle se montre digne de ce premier tome, décidément très abouti !

lundi 8 octobre 2012

Mark Lawrence - L'Empire Brisé, T1 : le Prince Ecorché

Prince écorchéJ'abordais, dans ma précédente critique, les romans à réserver à un public averti et celui-ci en est un, sans conteste. Pour les adeptes de Donjons et Dragons, le personnage central de ces écrits, dénommé Jorg Ancrath, est un neutre mauvais pur jus (avec la pulpe). Pour les autres, et pour parler simplement, c'est un salopard de la plus belle eau, violent, cynique, égoïste et manipulateur...alléchant non ?
Le résumé en 4e de couverture ne donne pas vraiment envie de plonger dans la lecture de ce roman, mais il remplit son office, à quelques détails près sur lesquels je reviendrai. En voici le texte (oui, je sais, je suis feignant, mais j'assume) :

A treize ans il est le chef d'une bande de hors-la-loi sanguinaires. Il a décidé qu'à quinze ans, il serait roi. L'heure est venue pour le prince Jorg Ancrath de regagner le château qu'il avait quitté sans un regard en arrière, et de s'emparer de ce qui lui revient de droit. Depuis le jour où il fut contraint d'assister au massacre de sa mère et de son frère, il avance porté par sa fureur. Il n'a plus rien à perdre. Mais, de retour à la cour de son père, c'est la traîtrise qui l'accueille. La traîtrise et la magie noire. Or le jeune Jorg ne craint ni les vivants ni les morts. Animé d'une volonté farouche, il va affronter des ennemis dont il n'imagine même pas les pouvoirs. Car tous ceux qui ont pris l'épée doivent périr par l'épée.

C'est sûr que dit comme ça...
Mais, sous quelques réserves, ce roman est assez bon, principalement parce qu'il met en scène un "héros" dépourvu de scrupules, dont la tournure d'esprit est rafraichissante. Pour résumer, tout est permis dès lors que cela sert mon intérêt, les faibles n'ont qu'à crever, j'escaladerai les piles de cadavres pour arriver à mon but. Ajoutez une magie discrète et plus proche des maléfices que des sorts de guérison, une narration des plus efficaces, quelques détails qui permettent au lecteur, peu à peu, de découvrir le monde et son étrange passé - il y est fait mention d'écrivains comme Nietzsche ou Platon... - et vous obtiendrez un savoureux cocktail, à boire d'un trait.
Dire que ce roman est dépourvu de défauts serait tout de même très exagéré et le principal est le héros lui-même. Pour dieu sait quelle raison, l'auteur a voulu en faire un damoiseau de 14 ans. Certes, les habitants d'un monde médiéval atteignent vite leur majorité, mais prêter à un gamin aussi jeune une tournure d'esprit, des réflexions et un cynisme dignes d'un vétéran blanchi sous le harnais, sans même parler d'une érudition poussée m'a gêné pendant une bonne partie de ma lecture. Le placer à la tête d'une bande de mercenaires, le décrire comme un colosse et le doter d'un passé de guerrier, tout cela me semble trop outrancier. Dommage, d'autant qu'il aurait été parfaitement vraisemblable de décaler de 3 à 4 ans le propos, je ne comprends pas que le travail éditorial n'ait pas permis de rattraper ce que je considère comme le défaut majeur de ce roman.
felixlol.jpgL'autre défaut est la simplicité de l'intrigue, qui ne me gêne que parce qu'il s'agit d'un premier tome... de là à voir les suivants gâcher un très bon moment de lecture, il n'y a qu'un pas que j'ai malheureusement dû franchir à plusieurs reprises.
Car ce fut un très bon moment ! Parfois jouissif d'ailleurs, tant il est rare de voir un personnage de roman de fantasy assumer pleinement ses mauvais côtés. Je vous indiquai, concernant ce roman, que l'auteur avait quelques difficultés à franchir certains caps, il n'en est rien concernant le Prince écorché. Langage ordurier, descriptions sanglantes, viols, tortures, massacres en tous genres, la crudité des descriptions est telle que ces écrits sont à déconseiller aux âmes sensibles. Rétrospectivement, je suis d'ailleurs content d'avoir d'abord lu les Princes de la Pègre, qui m'aurait semblé bien terne dans le cas contraire.
Alors, appréciation finale ??? Eh bien, elle est assez mitigée. Le plaisir de lecture est présent, sans conteste possible, mais de trop nombreux détails me poussent à tempérer mon avis. Donc, un trop d'la balle nuancé, ça nous apprendra à pratiquer les notations à la hache !

lundi 1 octobre 2012

Douglas Hulick - Princes de la pègre

Princes de la pègreJe poursuis mes critiques par cet opus, annoncé comme le premier d'un cycle de trois mais qui peut parfaitement se lire de manière indépendante. Belle trouvaille des éditions l'Atalante, ce petit bijou de fantasy devrait - à la différence de ma prochaine critique (ben oui, un peu de teasing n'a jamais fait de mal) - satisfaire la plupart des lecteurs, même si son caractère quelque peu amoral devrait en réserver la lecture à un public adulte...
Oui, je me préoccupe de la morale publique ! Bon, sans déconner, ce roman a pour "héros" (personnage principal convient mieux au propos) un dénommé Drothe, petit malfrat sévissant dans les quartiers interlopes d'Ildreca, capitale de l’Empire. Membre de la grande famille de la pègre, il s'est spécialisé dans les rumeurs et sait mieux que quiconque recueillir les renseignements de son réseau et les mettre en perspective pour le bénéfice de son chef, Nico. Bon, il ne rechigne pas à s'occuper d'extorsion, trafics en tous genres, interrogatoires parfois sanglants d'indicateurs récalcitrants...c'est d'ailleurs la scène d'ouverture de ce roman, qui plonge tout de suite le lecteur dans l'ambiance, et de manière très efficace. A priori, rien que de très banal, et pourtant il va se trouver mêlé à une affaire impliquant les plus hautes sphères de l'empire, confronté à bien des secrets qui avaient vocation à le rester. Je ne vous en dirai volontairement pas plus, tant je crains d'orienter votre lecture et vous gâcher le plaisir.
Ce qui caractérise ce roman est sans conteste son efficacité et sa justesse : pas de grandes descriptions ou de mise en contexte si caractéristiques des premiers livres d'un cycle. L'action est le biais par lequel le lecteur découvre le monde, par l'intermédiaire d'un petit confronté aux manigances et aux moyens de plus importants que lui. Dialogues, scènes de combats, artefacts magiques qu'il s'agit d'identifier, tout est prétexte à orienter le visiteur, en un ensemble complexe et assez réussi, cohérent et sombre. Manifestement, les dix années qu'il a fallu à l'auteur pour venir à bout de ce roman ont bien été employées. Et, à plusieurs reprises, l'action va surprendre : par l'ampleur de l'intrigue certes, qui se dévoile peu à peu, mais également par l'imbrication des indices glanés au fil des pérégrinations de Drothe ou les perspectives ouvertes, laissant présager une suite de qualité. Dernier motif de satisfaction, l'intrigue est finie...
felixlol.jpgJe reviens, volontairement, à mon propos concernant l'amoralité de ce roman. Sans atteindre l'ampleur et la qualité de ce récit, force est de constater que l'on s'en rapproche et que ces romans ont en commun bien des aspects. Tous deux sont profondément amoraux, en ce qu'ils ne se soucient justement aucunement de morale et mettent en scène des personnages capables de bien des vilénies. Princes de la pègre est à mon sens un cran en dessous, car l'auteur rechigne manifestement à passer certains caps, de langage notamment, et s'attache à sauvegarder quelques caractères héroïques. Par ailleurs, les descriptions de Hulick manquent de la truculence, de la précision et de la justesse de celles de Jaworski. Elles ne sont "qu'efficaces"... Mais la décrépitude du monde dépeint, l'aspect putride de la magie, tout concourt à rapprocher ces romans. Donc, si vous cherchez un roman de high fantasy avec elfes flamboyants, héros chevaleresques et princesses à sauver, passez votre chemin, ce ne sont pas les terres arpentées par ce récit.
Je réserve généralement mes critiques lorsque je suis amené à aborder un roman partie d'un cycle, tant les déceptions furent nombreuses quand un premier opus réussi est gâché par sa suite. Mais au cas d'espèce, étant fini, je suis moins réticent à vous conseiller ce roman, qui décroche du coup un très joli Trop d'la Balle.

jeudi 27 septembre 2012

Dan Simmons - Flashback

felixlol.jpgAlors je préviens tout de suite, cette critique risque fort d'être à la source d'un débat acharné, mais je ne tolèrerai aucun débordement trollesque à la con...Sachez en effet que le nouvel opus ici critiqué a enflammé le public américain et soulevé bien des objections allant de très construites générant un vrai débat à complètement primaires, il suffit d'une brève recherche sur internet pour s'en persuader. Et c'est à mon avis fort dommage car ces objections passent très souvent complètement à côté du vrai sujet, un très bon techno-thriller mâtiné de cyberpunk.
Vous me permettrez en premier lieu de reprendre certains éléments caractérisant le cyberpunk. Ce mouvement littéraire dont William Gibson est l'un des précurseurs désigne un monde marqué par une technologie avancée comportant souvent un interfaçage avec le vivant - améliorations bioware, puces neurales et j'en passe - un pouvoir central en déliquescence, une balkanisation en plusieurs sous ensembles souvent régis par des systèmes totalitaires empreints de communautarisme, des entreprises supranationales affranchies de tout contrôle démocratique disposant de leurs armées privées et une pègre omniprésente, morcelée en autant de familles, refuge logique de populations dont le premier impératif est devenu la simple survie. En bref, un monde idyllique... Bien évidemment, tous ces aspects (et j'en oublie peut-être) ne se retrouvent pas dans l'ensemble des romans du genre ou sont plus ou moins marqués. Tiens, vous-dîtes-vous peut-être, c'est un genre qui a pratiquement disparu. Et vous auriez raison, car le cyberpunk, c'est maintenant ! Bon, j'exagère, d'accord, mais disons que l'on en est si près que ce type de roman, qui a connu son heure de gloire dans les années 80 et 90, est désormais des plus rares et fait maintenant figure de simple roman d'anticipation, plus que de membre d'une véritable sous-famille de la SF.
Tout ça pour quoi ? Eh bien pour vous donner les clefs qui, je l'espère, vous pousseront à passer outre les objections dogmatiques trouvées sur internet et à vous plonger dans ce roman qui, sous l'angle du techno-thriller, est vraiment bon.
FlashbackMais avant toute chose, le pitch : les États-Unis, aux alentours de 2035, ont fait faillite et se sont désintégrés. Le Nouveau Mexique a été envahi par les hispaniques de la reconquista et la Californie risque de l’être. Plusieurs États ont proclamé leur indépendance. La situation économique est tellement obérée que la seule devise encore crédible de ce qui reste du gouvernement fédéral est son armée, composée de jeunes américains conscrits et louée en tant que troupe mercenaire. Il faut dire que le monde a, lui aussi, fortement évolué et pas toujours en bien... la Chine s'est morcelée et le Japon, qui s'est réfugié dans un système néo-féodal dirigé par des conglomérats industriels, y mène des combats de conquête, à grands renforts de troupes américaines. Israël a été détruit par un assaut thermonucléaire et les quelques dizaines de milliers de survivants, accueillis par les États-Unis, ont été parqués dans des camps. Enfin, le Califat Global accroît sa mainmise sur une grande part de la planète.
Le peuple américain a quant à lui été à ce point traumatisé qu'une grande part s'est réfugiée dans l'addiction à une drogue, le flashback, réputée avoir été inventée dans un laboratoire israélien et illégale dans de nombreux pays. Le flashback permet de revivre des souvenirs parfaits: c’est pour les plus jeunes le moyen de revivre leurs pires turpitudes et pour les plus vieux celui de retourner dans le monde idéal d’autrefois.
C'est dans ce contexte bucolique que Nick Bottom, un ancien policier de Denver accro au flash est engagé par le multimilliardaire japonais Hiroshi Nakamura, conseiller plénipotentiaire (parmi d’autres) pour la reconstruction de l’Amérique, pour reprendre l’enquête sur l’assassinat de son fils Keigo et de la compagne de celui-ci, survenu six ans plus tôt. Nick a enquêté à l’époque sur cette affaire mais depuis la mort de sa femme, Dara, dans un accident de voiture, il a quitté la police du fait de son besoin frénétique de revivre son bonheur enfui ayant causé son addiction. Cette enquête mènera Nick au centre d'un bourbier économico-géopolitique aux implications gigantesques.
J'ai tenté de rendre ce résumé neutre, mais en le relisant je m'aperçois qu'il a déjà dû titiller les plus sensibles de mes lecteurs. Oui, ce livre est profondément politique, et oui, il est très clairement marqué à gauche...non, je déconne, à droite. Oui, il part du postulat que les politiques actuelles de relance keynésienne et d'assistanat mèneront ceux qui s'y adonnent à leur perte, oui il tape sur Obama (juste en passant, un petit tacle pour la route), oui quelques aspects de ce roman sont dérangeants car l'Islam n'y est abordé que sous l'angle du Jihad conquérant et quelque peu fondamentaliste, le communautarisme y est omniprésent, la misère y est décrite sans fards, oui oui oui..... et non, encore une fois, ne vous arrêtez pas à ça !
Je ne vous dis pas d'accepter tous les propos de l'auteur, mais de les prendre comme des données de départ, postulats d'un monde dont les aspects cyberpunk me rappellent bien des parties de JDR et de vous laisser emporter par l'action. Et je vous préviens tout de suite, c'est dense. Les personnages sont construits et fouillés, de vraies "gueules" utilisables quasi immédiatement par tout MJ digne de ce nom, les aspects du monde mis en scène sont nombreux, réalistes et souvent effrayants, qu'ils soient d'ordre technologique, moral, politique ou "simplement" social, l'intrigue est efficace et prend une ampleur inespérée, quant à la fin, elle est somptueuse...en bref, du grand Dan Simmons !
J'anticipe - espérons-le - dès à présent certaines objections en reprenant les propos tenus dans le cadre d'une autre critique, dont je ne puis qu'admirer la justesse et que je partage pleinement. C'est sans aucun doute l'une des critiques les plus intelligentes de ce roman qu'il m'ait été donné de lire, c'est ici : Simmons a peut-être des idées bien arrêtées sur l’avenir du monde et de son pays, mais ce n’est pas ce que j’ai l’intention de juger. Du moment qu’il me fournisse de très bons romans, il est libre de ses opinions. Et d’ailleurs, pour juger une mouvance politique, encore faut-il en connaître ses positions, et quiconque a lu Flashback sait désormais à quoi s’en tenir au sujet de la droite populiste américaine. Disons-le franchement : si écrire de la SF, c’est dialoguer avec son présent, alors Simmons a bel et bien réussi son roman.
Vous l'aurez compris, j'ai choisi de décerner un "trop d'la balle" à ce roman, envers et contre les hurlements qu'il a pu susciter.

dimanche 23 septembre 2012

Greg Bear - La cité à la fin des temps

thablol.jpgBon, si vous voulez un bouquin pour vous détendre, un repose-neurone sans autre ambition que celle de vous distraire, laissez tomber. Greg Bear est un auteur habitué à la hard science, et si cet opus défie les classifications, il n'en reste pas moins terriblement dense, touffu et complexe.

Les thématiques sont nombreuses, et difficiles à appréhender. Greg Bear parle du temps, du destin, de la nature de la réalité, de sa définition même. D'univers-parallèles et de physique élémentaire. Il nous parle de l'importance du Verbe, des livres et de l'observateur.

Greg Bear se projette si loin dans l'avenir que les concepts scientifiques sont forcément devenus incompréhensibles, pour nous comme pour lui. Et pour ne pas se perdre dans des considérations ridicules, il contourne cet écueil en nous faisant vivre l'histoire par des personnages qui, comme lui et nous, ne peuvent appréhender ces concepts que d'une manière mythologique. Ces personnages sont trois de nos contemporains, capables de sauter intuitivement de destin en destin en fonction des alternatives qui leur tombent dessus. Deux d'entre eux rêvent d'une cité à la fin des temps, assiégée par le Typhon, dévoreur du temps et de la réalité, à travers les yeux de deux de ses habitants. Ces derniers sont la re-création des humains originels par les entités post-humaines de la Kalpa, qui espèrent qu'ils pourront, d'une certaine façon, défaire le Typhon.

Greg Bear - La cité à la fin des tempsVous n'avez rien compris ? C'est normal, et vous aurez le même sentiment au fil de votre lecture (en tout cas au début). Greg Bear maîtrise heureusement son sujet, et avec un poil de concentration de votre part, il réussira à vous faire découvrir une théorie de la réalité et du temps qui, je suppose, se nourrit de littérature scientifique, au niveau où la science rejoint la philosophie. Un poil préparé à cette lecture par le jeu de rôles Mage, j'ai été particulièrement séduit par cette vision, puis attaché et entraîné sur les pas des personnages de Bear (je n'ose parler de héros, tant ils subissent le poids de leurs destinées), jusqu'à la conclusion, fatalement très ouverte, de son récit.

J'ai beaucoup aimé. Ce n'est pas mon livre de l'année, mais j'ai apprécié cette fusion des mythes et de la science, ce cocktail d'humilité et de mégalomanie dans les concepts abordés. Surprenant et intelligent, la cité à la fin des temps n'est pas un livre qui se laisse facilement apprivoiser. Mais toucher à l'infini demande sans doute quelques efforts.

lundi 17 septembre 2012

Correia - Magie Brute

Magie BruteBon, la difficulté avec ce bouquin n'est pas de vous dire si je l'ai aimé...c'est le cas...mais de vous expliquer pourquoi. Car on est à la frontière entre uchronie, steampunk, western, comic plein de super-héros et roman pulp de la plus belle eau, l'auteur ayant réussi à tirer le meilleur de chaque monde pour obtenir un roman assez délirant flirtant avec le grand n'importe quoi sans jamais l'atteindre réellement. Une excellente surprise en somme.
L'intrigue prend place au 19e siècle, pendant la grande crise, dans une réalité modifiée par l'apparition - premier cas documenté en 1849 - de porteurs de pouvoirs spéciaux, les « actifs ». Ces derniers sont rares et ont été catégorisés suivant leurs facultés : les pousseurs peuvent modifier la gravité, les estompeurs traverser la matière, les bougeurs se déplacer instantanément... La technologie a bien évidemment subi les conséquences de l'apparition de ces pouvoirs et plusieurs domaines sont très clairement en avance au regard du 19e siècle "normal". C'est dans ce contexte que divers groupes d'influence vont s'affronter dans un cadre de tensions géopolitiques entre les Etats-Unis sinistrés mais dominants technologiquement et protégés par le rayon de la paix, invention du sieur Tesla, et un Japon expansionniste et eugéniste faisant figure de grand méchant qui n'est pas sans rappeler à bien des égards le régime nazi...mais je laisse au 4e de vouv' le soin de vous en dire plus :

Jake Sullivan, vétéran de la dernière guerre mondiale, est un détective privé au passé de truand. Il doit la liberté à ses pouvoirs magiques – qui lui permettent de manipuler la gravité. Mais sa liberté a un prix : il doit mettre ses pouvoirs à la disposition du Bureau des Investigations à chaque fois qu’une enquête est liée au surnaturel. Alors que sa dernière mission tourne mal, il est confronté aux véritables enjeux géopolitiques d’un monde où toutes les grandes puissances cherchent à s’approprier une arme au pouvoir de destruction inimaginable. Jake sera alors la parfaite recrue pour la société secrète du Grimnoir – police, juge et bourreau des « actifs », abusant de leurs pouvoirs.

felixlol.jpgJe vous avoue que ce résumé ne m'a qu'à moitié convaincu, au vu des qualificatifs me poussant habituellement à écarter un bouquin qui me sont venus à l'esprit... Grotesque, exagéré, pontifiant, déjà vu...et tout cela est exact ! Sauf que ! Sauf que l'utilisation fort intelligente faite de cet infâme mélange des genres débouche sur un roman qui se parcourt avec le plaisir jouissif du gamin qui constate que ses plus secrets délires se retrouvent tous dans l'opus qu'il avale en une nuit (blanche). A tel point d'ailleurs que je serais bien en peine de vous dire quel élément de délire j'aurais pu rajouter si j'avais eu à écrire ce pavé. En bref, je me retrouve dans la même situation que pour ma critique du Livre sans nom : si je devais appuyer ma critique sur des éléments objectifs, je ne pourrais que vous conseiller de fuir ce roman, mais vous passeriez alors à côté d'un moment de pure détente. Et n'est-ce pas justement cela, l'intérêt d'une fiction ?

lundi 10 septembre 2012

Mike Resnick - Ivoire

IvoireJe reprends les critiques, après une longue absence, en vous présentant un classique de la SF, vers lequel je reviens régulièrement et qui m'émeut toujours autant, relecture après relecture. Il faut dire que l'auteur est un vieux briscard de l'imaginaire et que ses romans, bien que de qualité inégale, sont généralement très agréables. Vous trouverez ici la page wikipedia qui lui est consacrée. Fortement marqué par le continent africain, plusieurs de ses space opera renvoient à des thèmes s'y rapportant, comme le très beau Kirinyaga ou Ivoire, qui s'attache au destin du peuple Masaï.
L'histoire est présentée de manière originale : Duncan Rojas, un homme que l'on pourrait qualifier de monomaniaque obsessionnel accro à son boulot - si quelqu'un s'avise de poster un commentaire à ce sujet, je boude pendant un an - chargé de l'authentification des trophées pour les « Annales du gros gibier » de la société Wilford Braxton est engagé pour travailler sur son temps libre par un mystérieux homme se présentant comme le dernier des Masaï. Ce dernier sollicite notre chercheur pour retrouver les défenses du grand éléphant du Kilimandjaro dont la trace a été perdue plusieurs milliers d'années plus tôt. Grâce à son ordinateur, Duncan Rojas va retrouver la trace de plusieurs propriétaires successifs de cet ivoire, chaque épisode - abordé de manière achronologique - faisant l'objet d'un chapitre distinct et quasiment indépendant, et ne cessera de s'interroger quant aux motivations de son commanditaire, qui n'hésite pas à proposer une somme disproportionnée pour obtenir ces défenses et avoue d'ailleurs être prêt à tuer pour entrer en leur possession... et si vous voulez en savoir plus, lisez ce bouquin !
felixlol.jpg Sérieusement, vous pouvez y aller, vous ne le regretterez pas. L'intrigue est simple mais efficace, les personnages sont attachants et profonds, l'influence africaine apporte un réel plus à l'intrigue et est suffisamment explicitée - fort intelligemment d'ailleurs, par le biais des historiettes relatives aux pérégrinations des défenses et des échanges entre Rojas et son commanditaire - pour que même quelqu'un comme moi, qui n'y connait rien, ne soit pas perdu.
En résumé, un Trop d'la Balle remporté haut la main et une entrée tardive - je me demande d'ailleurs pourquoi je n'y ai pas pensé plus tôt - dans l'Ordre du Panda Barbu !

samedi 7 juillet 2012

Fabrice Colin - Blue Jay Way

thabbof.jpgAllez, encore un essai. Fabrice Colin, avec moi, c'est tout ou rien : soit j'adhère complètement, soit je reste tellement en dehors du bouquin qu'il me tombe des mains. Bon, du coup, Blue Jay Way est curieusement entre les deux.

Julien est un jeune... journaliste, écrivain putatif, je ne sais pas trop. Franco-américain, vivant à New-York, il se consacre à une étude sur une auteure contemporaine, Carolyn Gerritsen, avec laquelle se créent progressivement des liens de confiance, sinon d'amitié. Il accepte, pour elle, de se rapprocher de son fils, jeune adulte paumé dans la monstrueuse villa hollywoodienne de son père, producteur de cinéma et séries télé à succès. Il doit être son précepteur de français, et surtout une sorte d'ancre dans cet univers sans repère. Évidemment, personne n'est dupe, évidemment, cette relation imposée n'aboutit pas à grand chose, et, évidemment, tout va déraper... jusqu'à ce que des morts violentes viennent donner un relief aux angles non-euclidiens à cette plongée dans le microcosme hollywoodiens.

Fabrice Colin - Blue Jay WayBlue Jay Way est un drôle de bouquin. Après un premier tiers un peu lent qui permet surtout de faire connaissance avec cet alter ego littéraire de l'auteur, et de camper la situation, l'action démarre et les évènements s'enchaînent jusqu'au dernier quart du livre, qui évoque plus un très long épilogue qu'autre chose.

J'ai eu beaucoup de mal à me plonger dans Blue Jay Way : la mise en abîme permanente, sorte de biographie fantasmée et ludique qui m'a évoqué à plusieurs reprises le recueil Comme des fantômes, donne une étrange complexité à ce ne devrait être "qu'un thriller". Du coup, j'avais un peu la curieuse impression d'être tracté hors du bouquin. Frustrant.

La partie plus "thriller", disons le gros milieu central du livre, joue efficacement sa carte. La villa hollywoodienne et ses habitants plus dingues les uns que les autres offrent une décor et une galerie de personnages à la fois intrigante, dérangeante et efficace. Là encore, j'ai eu l'impression d'un jeu, cette fois avec les codes du genre, ceux des séries américaines et le fantasme que nous avons de Los Angeles.

La fin m'a laissé dubitatif. L'action se déroule, sans que les personnages n'aient la moindre marge de manœuvre - ils n'en ont jamais eu mais cela se voyait moins. On suit le plan diabolique du grand méchant, on découvre ses manigances, l'histoire se conclut.

Et j'ai eu l'impression que tout le livre souffrait d'un sévère complexe du MJ, entité pathologique bien connue que je viens d'inventer : Fabrice Colin a eu une idée complexe et intéressante, il a trouvé un décor, les PNJ qui allaient bien, une ambiance... et il a posé les joueurs là-dedans. Et les joueurs ont subi l'intrigue, n'ont pas effleuré le quart de la trame imaginée et tissée par le MJ, qui a du tout leur expliquer à la fin pour qu'ils comprennent à quel point c'était bien foutu.

Ce qui est vrai, mais du point du vue du plaisir du jeu de rôle, c'est frustrant.

Du coup, je suis, ouais, très dubitatif.

J'ai aimé, mais j'ai eu l'impression que le livre ne savait jamais où se placer, glissant entre un genre et l'autre, jouant avec les codes et les interprétations, ce qui est un peu la marque de fabrique de Fabrice Colin... au risque de perdre systématiquement ses lecteurs.

Il faudra vraiment qu'un jour je me plonge sur ses romans jeunesse, où, j'imagine, ces points doivent être bien moins marqués.

dimanche 29 avril 2012

Gabella - Jean - La licorne

thablol.jpgÇa y est, le quatrième tome de La licorne est paru. La série est terminée, et vous ne la connaissez pas encore ?

La licorne - couv tome 3A la fin du XVIème siècle, la médecine, grâce à quelques précurseurs osant braver les interdits de l’Église, progresse à pas de géants. Conrad Gessner, Ambroise Paré, étudient l'anatomie et appliquent la démarche scientifique à la médecine et à la chirurgie. Ces messieurs de la Faculté n'apprécient guère leur remise en cause de la théorie des humeurs et leurs méthodes de barbiers, et le savoir ancien pourrait bien les rattraper, lorsque les mythes prennent corps au mépris de toute rigueur scientifique, et s’immiscent dans une ancestrale lutte pour le contrôle de l'humanité.

Difficile de vous en dire plus sans dévoiler trop d'éléments de l'intrigue. La licorne mêle habilement, sur quatre tomes menés tambour battant, personnages historiques et sociétés secrètes, complots de l’Église catholique (que ferait-on sans elle ?) et créatures mythologiques. Il sont tous là : Nostradamus, Vinci, Paracelse, les médecins et chirurgiens suscités, ils voyagent d'Allemagne en Italie, en passant par la France. Le postulat est passionnant : les médecins et anatomistes modernes ont raison : les quatre humeurs et autres équilibres élémentaires et astraux des théories de Galien ne correspondent à rien, mais... il n'en a pas toujours été ainsi. Le corps de l'Homme serait-il en train d'évoluer ? A quelle fin ? Et comment ?

La Licorne - planche 1 tome 1Le dessin est magnifique : scènes urbaines ou paysages enneigés, écorchés, batailles ou plongées dans les eaux de Venise, le découpage est dynamique, le trait est clair : il évoque les planches anatomiques crayonnées mais colle parfaitement à l'action, qui ne manque pas. Au niveau des couleurs, rien à redire : les harmonies et les dégradés accompagnent parfaitement les luttes élémentaires de Paré et ses amis.

La Licorne a tout pour plaire : un scénario parfaitement calibré, qui sait où il nous mène (ce n'était pas évident lors de la sortie de la série, mais j'aurais du être plus confiant), avec tout ce qu'il faut de sociétés secrètes et d'enjeux cosmiques, de la magie mais à la sauce scientifique, des personnages attachants, un dessin typé et plaisant, bref, n'hésitez pas. Et si vous avez la chance de trouver les premières éditions, vous aurez même droit à des cahiers reprenant des éléments tels que la construction des couvertures, des créatures etc.

samedi 31 mars 2012

Patrick Lee - L'entité 0247

thablol.jpgVoilà un petit bouquin qui ne paye pas de mine mais qui vaut largement le détour.

Travis Chase passe à autre chose. Truand, flic, taulard, il espère fuir son passé, bien loin de chez lui. Accepter la place que lui offre son frère dans sa boîte d'informatique. En attendant de faire le point, il se plonge, à pied, dans les profondeurs de l'Alaska. Il ne devait pas imaginer qu'il tomberait sur l'épave abandonné d'un 747, ni qu'il se trouverait mêlé à une guerre entre agence secrète gouvernementale et groupe... terroriste (oui je reste flou : dur de parler de ce bouquin sans rien en dévoiler !).

Patrick Lee - L'entité 0247Patrick Lee démarre doucement, en se vautrant dans les clichés et les ficelles grosses comme des... heu... au moins comme ça. Et puis le rythme s'emballe, les ficelles prennent tout leur sens et l'écrivain joue avec virtuosité sur une intrigue et une action menées tambour battant. Jusqu'à l'indispensable retournement final de situation.

C'est brillant, très efficace, fluide et malin. Pas le roman de l'année, mais un bon... thriller mâtiné de SF et de polar, une recette qui à défaut d'être originale, fait passer un excellent moment de lecture. Plutôt court, vu qu'on le lâche pas le bouquin avant la fin, pas moyen.

A mon goût, le plus plaisant réside dans l'ennemi choisit, dont l'omniscience et la quasi-omnipotence obligent les protagonistes à essayer d'anticiper... tout en se doutant qu'ils auront, toujours, un coup, ou même beaucoup plus, de retard. Cela donne à l'intrigue un parfum d'inéluctable défaite dont on pressent pourtant qu'elle est inacceptable, dans un roman de ce genre. Je trouve étonnant, et très intelligent, de réussir à nourrir le suspense malgré ce "handicap" pour les héros - on peut plusieurs fois se demander à quoi servent leurs efforts, puisque tout semble participer du plan de leur adversaire. Et pourtant, ils continuent. Et pourtant, on en redemande.

A lire sans hésiter : ce n'est pas un roman de SF "philosophique", plutôt un bouquin d'action qui s'appuie habilement sur un concept de SF.

mercredi 7 mars 2012

Anonyme - Le livre sans nom

livre sans nomAlors là, c'est du lourd ! Pas un chef d’œuvre, loin de là, mais l'équivalent livresque d'un film de Tarentino, du genre qui se lit sans débotter, qui vous tient en haleine tandis qu'une petite part de votre cerveau ne peut s'empêcher de le trouver débile, foutraque et tous autres qualificatifs qui vous le feraient reposer aussi sec en temps ordinaire... Car le point fort de ce roman réside dans un complet et délirant mélange des genres, avec une très forte capacité de l'auteur à ne pas se prendre au sérieux. Et c'est tant mieux d'ailleurs car le lecteur ne peut apprécier cet instant de détente qu'en l'abordant au second, voire au Xème degré tant cet écrit relève du grand n'importe-quoi. Pour vous en convaincre, laissez-moi vous donner un aperçu des personnages : on y trouve, en vrac, des tueurs à gages, dont l'un est un sosie d’Elvis Presley, des barons du crime aussi caricaturaux et grotesques que violents et sadiques, des moines férus d’arts martiaux directement issus d'un film de Jet Li mais sans lui, sortant d'un monastère isolé et confrontés à une ville décadente et violente et aux tentations qui s'y trouvent, un terminator (si, si...), Batman, Robin et catwoman (itou), un hell's angel boxeur déjanté, des vampires et loups garous, deux flics dont l'un est spécialiste du paranormal, un homme de paille, un barman misanthrope gardant sous la main une boutanche de pisse à servir aux indésirables et, bien évidemment..... Le Bourbon Kid.
Comment, vous n'avez jamais entendu parler DU Bourbon Kid ?!?! Et bien lisez donc ce bouquin ! Na ! (je sais, c'est petit et mesquin, mais ça se mange sans faim).
L'histoire est simple, et rappelle quelques scénars de convention de JdR, plus prétexte à mettre les joueurs dans des situations invraisemblables en un temps limité que réellement construits : une mystérieuse pierre précieuse a été dérobée à ses protecteurs, un curieux ordre monastique. Dans la ville de Santa Mondega, réputée pour être la ville la plus violente au monde, l'angoisse grandit avec l'approche d'une éclipse annonciatrice de la réitération des horreurs survenues cinq années auparavant, lorsque le Bourbon Kid s'est déchaîné. Il semblerait que la pierre donne à son porteur de grands pouvoirs, particulièrement lors de l'éclipse...ce qui va permettre à tous les freaks de la création de se rencontrer en un chassé-croisé sanglant. Par ailleurs, les lecteurs d'un mystérieux bouquin sans titre semblent tomber comme des mouches, attisant encore l'ambiance délétère d'une ville décadente qui n'en avait vraiment pas besoin.
felixlol.jpgBon, ce livre ? Objectivement, non. Il est mal écrit, l'intrigue est simplette et aussi trouée qu'une passoire, les personnages sont caricaturaux, mal décrits et peu fouillés, bref autant d'ingrédients qui m'auraient en temps ordinaire poussé à vous conseiller de fuir ce roman. Je ne suis d'ailleurs, en écrivant cette critique, pas certain que ce n'est pas la chose à faire tant les défauts de ce roman sont grands. Ce n'est pas pour rien qu'il avait été refusé par tous les éditeurs consultés, ce qui a obligé son auteur à le publier sur internet, jusqu'à ce qu'un adepte se propose pour l'imprimer. Sauf que.....
Sauf que je ne peux m'empêcher de me rappeler les franches rigolades et le dépaysement vécus en le lisant ! Enfin un bouquin qui n'a d'autre justification que le plaisir du lecteur. Un mauvais bouquin, certes, avec plein de défauts, certains noyés dans l'accumulation de délires et d'autres tellement voyants qu'ils sont très certainement volontaires, l'auteur prenant plaisir à y aller franchement, avec ses gros sabots, les deux pieds dedans....mais un vrai moment de plaisir, du genre qui vous fait louper votre station de métro, trop occupé que vous êtes à rigoler.
Vous voulez passer du bon temps, absolument pas constructif ni enrichissant, juste un bon gros délire livresque ? Foncez ! N'en attendez rien, musclez sérieusement votre second degré et vous serez comblé....

jeudi 23 février 2012

Lehman - Créty - Masqué

thablol.jpgExcellente surprise achetée au hasard d'une boutique de BD !

J'avais apprécié l'expérience Brigade Chimérique, mais l'exercice formel du feuilleton et le dessins m'avaient un peu rebuté. L'idée était, si vous vous en souvenez bien, d'évoquer les super-héros européens, bien délaissés par rapport à leurs homologues américains.

Lehman - Créty - MasquéCette fois, Serge Lehman nous conte l'histoire d'un militaire français, dans un futur a priori pas très éloigné. Mobilisé pendant 6 ans en Afghanistan puis dans le Caucase, il a été mis au placard suite à un scandale où il a occupé l'enviable rôle de bouc émissaire. Il ne revient pas du tout pour se venger (ouf !), mais son dossier tombe entre les mains des responsables de la sécurité du préfet de Paris-métropole, qui décident de l'embaucher.

Seulement, en 6 ans, Paris a bien changé. Ce premier tome nous permet de découvrir avec lui une immense mégalopole aux accents rétrofuturistes, où les "anomalies", des espèces d'objets qui semblent prendre vie avant de s'éteindre, occupent l'actualité et, évidemment, les autorités.

Le dessin de Créty est clair et précis, plaisant, aussi fluide et efficace que dans Acriborea. L'esthétique de ce Paris rétrofuturiste exploite intelligemment l'architecture actuelle de la ville, ou ses voiture, son mobilier urbain, pour garder une familiarité crédible, tout en nous offrant une ambiance uchronique aux accents de science-fiction. Le scénario de Lehman est bien plus abordable que celui de la Brigade Chimérique. On suit l'histoire sans, cette fois, cette impression de manquer d'éléments dont on ne parvient pas à décider s'ils relèvent de futures surprises scénaristiques ou d'une culture générale qui nous manque. Ça va causer de super-héros, c'est évident, mais intelligemment, enfin il semble.

Et le moins que l'on puisse dire, c'est que l'on a envie de découvrir la suite. Ça tombe bien : apparemment, la parution des 4 tomes est prévue en un an, avec une répartition des tâches semblable à celle d'un studio américain (la couverture n'est pas de Créty, par exemple).

Reste à voir ce qu'il adviendra de cette série après ce premier tome très prometteur, mais je suis très optimiste. En tout cas, achetez sans hésitations !

mercredi 8 février 2012

China Miéville - The City & The City

felixlol.jpgCeux qui ont déjà lu un de ses bouquins savent que China Miéville est un poète, mais d'un genre assez particulier, maître dans l'art du pan dans ta gueule, du genre qui laisse d'impérissables souvenirs à ses lecteurs, que ces derniers aient ou non aimé le roman d'ailleurs. Et les critiques ne s'y sont pas trompé puisque - de l'inoubliable Perdido Street Station (t1 et 2) au fabuleux Les Scarifiés - ce jeune auteur a engrangé les prix prestigieux : Hugo, Locus, British Fantasy Award... Quant à l'opus qui nous intéresse, il a été assez largement primé : World Fantasy Awards 2010, Locus 2010, catégorie Best Fantasy Novel et Prix Hugo 2010 ex æquo, rien que ça !
Et ce déluge de prix et distinctions s'explique aisément par la qualité des écrits dont Miéville a le secret, et ce que ses lecteurs les apprécient ou pas, aussi curieux que cela puisse paraître. Je m'explique : l'auteur a le chic pour pondre des mondes uniques, délirants, incongrus et qui ont la propriété de marquer durablement celui qui les arpente. Ses intrigues sont quant à elles relativement classiques, mais exploitent pleinement les caractéristiques étranges de ses créations, ce qui les rend incomparables. A ce titre, chaque bouquin de Miéville est un OVNI, et celui-ci ne fait pas exception !
The cityLe lecteur est en effet rapidement plongé dans l'enquête policière menée par un certain Tyador Borlù, inspecteur de son état : une jeune femme inconnue est retrouvée morte dans un terrain vague. Jusque là, exception faite de noms à coucher dehors (du type avec des accents sur les z), on se rapproche des classiques du roman noir, pas de quoi fouetter un chat... juste quelques agacements passagers lorsque l'on butte sur des mots étranges, qui semblent de prime abord dus à des fautes d’orthographe (ce qui a, je l'avoue, le don de m'agacer prodigieusement) ou néologismes particulièrement curieux. Le héros parle ainsi de personnes qu'il "évise"...d'autres qu'il n'a pas le droit de voir....de lieux "bromatiquement proches".... puis finit par évoquer la particularité de cette ville, ou plus exactement de ces villes, à moins que ce ne soit de cette double ville ? Car Beszel et UI Qoma sont bien deux villes distinctes, formant d'ailleurs deux pays distincts, mais partageant un seul et même territoire. Attention, je ne parle pas de deux villes côte à côte, ni même d'un état indépendant au sein d'une ville appartenant à un autre état, mais de deux villes inextricablement imbriquées l'une dans l'autre et ne partageant rien d'autre qu'un emplacement commun et un croquemitaine chargé de faire respecter cette insolite séparation. Car bien sûr, toute interaction entre les deux villes est interdite, à tel point d'ailleurs qu'il faut un passeport pour passer de l'une à l'autre et qu'une fois de l'autre côté, il convient d'éviser les manifestations de la cité de laquelle vous êtes originaire...je vous laisse imaginer la complexité de la situation lorsque l'on aborde le côté pratique de la chose, la circulation automobile par exemple, le moindre accident de la route se traduisant immanquablement par une rupture...
Rupture, le mot est lâché ! Car toute transgression, même involontaire de ce statu-quo permet à la rupture, à la fois concept et force agissante, d'intervenir, les contrevenants disparaissant à jamais. Évidemment, il existe certaines latitudes, notamment concernant les enfants, ou certains étrangers, tant que ces ruptures ne sont pas trop flagrantes. Et, vous l'aurez deviné, l'enquête dans laquelle se retrouve plongé notre cher Tyador semble très fortement impliquer des éléments d'extranéité laissant penser à une situation de rupture... Je n'en dirai volontairement pas plus, vous laissant découvrir ce petit bijou par vous-même, mais sachez qu'il est - comme tous les Miéville d'ailleurs - assez frustrant. J'imagine les adeptes de la littérature cyberpunk en train d'imaginer des situations de co-existence de mondes virtuels et physiques, voire même magiques...et rien de ceci n'est à écarter définitivement. Miéville se délecte en effet à laisser ses lecteurs dans le flou et ne vous permettra pas d'arrêter définitivement votre choix.
Il ne reste plus, une fois le roman reposé, qu'un dépaysement intensément ressenti, un attachement à cette étrange ville et le souvenir d'une jeune femme, laissée au carrefour de deux réalités entrecroisées et dont la mort sera le prétexte d'un voyage merveilleux. Un roman à lire, tout simplement !

mercredi 25 janvier 2012

Bethesda - The Elder Scrolls V - Skyrim

Skyrim 3Bon Bon Bon, je me lance dans la critique d'un jeu en sachant parfaitement que l'épouse de Thabanne va me vouer aux gémonies si d'aventure son petit mari décidait de l'acquérir....ouais !!!!!
Les mots The Elder Scrolls ont la curieuse propriété de mettre les geeks de tous horizons dans un état second, caractérisé par les yeux dans le vague, l'écume qui monte aux lèvres et une séance dont la longueur dépend fortement de la présence de leur conjoint à base de réminiscences nostalgiques, souvent suivie d'un rush vers le plus proche PC en vue de la réinstallation d'un épisode de cette merveilleuse série, juste histoire de... Et Skyrim, le 5e opus (sans compter les quelques ovnis qui gravitent autour), risque fort de marquer de nombreux joueurs, assurant aux pépés dans mon genre - qui se rappellent encore Arena (le premier-né) - de nombreuses heures d'écoute.........non, je vous rassure, j'y crois pas, mais j'ai bien le droit de me faire plaisir non ?
Car c'est exactement ce dont nous parlons, de pur plaisir ! Lequel est d'ailleurs mâtiné d'une addiction certaine, la bête s'avérant résistante : de très très très nombreuses heures de jeu en perspective. Mais je m'égare, donc retour aux fondamentaux : le principe des différents TES réside dans leur titre...les parchemins des anciens (oui oui, c'est la traduction de The Elder Scrolls) sont en effet de puissants artefacts divinatoires qui recensent la saga de plusieurs héros, j'ai nommé les joueurs eux-mêmes, qui vont, jeu après jeu, se retrouver au centre d'événements qui marqueront de leur empreinte le continent de Tamriel. Alléchant non ?
felixlol.jpgParmi les autres caractéristiques de ces jeux (il s'agit de généralités, car depuis 1994 - date de sortie d'Arena - ils ont connu des évolutions profondes du fait notamment de la technique et des exigences des joueurs), il y a en vrac des aspects profondément politiques, les héros se retrouvant au centre de luttes entre factions, guildes... opposées, des démélés avec le système judiciaire, la carrière des joueurs commençant souvent en prison ou en esclavage, et une immense liberté d'action. Tout pour faire rêver, d'autant plus que la licence se caractérise par une grande cohérence, les éléments des différents opus se répondant par l'intermédiaires de livres, quêtes, personnages plus ou moins légendaires... (rien de plus jouissif lorsqu'un quidam vous parle d'un héros du passé et que vous vous rendez compte qu'en fait....C'EST VOUS, ou plus exactement votre personnage lors d'un opus précédent).
A noter, les éditeurs de ces épisodes sont restés à l'écoute de leurs joueurs et ont fait tester, au fil du temps, plusieurs idées par le biais de mods (les sources étant souvent mises à disposition de la communauté). Et lorsqu'une idée fonctionne....pan, on la retrouve dans le TES suivant ! A noter également, les heureux possesseurs de PC puissant pourront améliorer grandement les graphismes ou même modifier entièrement le monde une fois ce dernier entièrement exploré, merci aux acharnés de moddeurs.
Juste pour information, quelques liens, histoire de prendre conscience de la qualité et de la profondeur de ce monde :

Skyrim 2Et maintenant que vous en savez plus sur la série, qu'en est-il de Skyrim à proprement parler ? Pour faire simple, direct et efficace, c'est un must ! Certes, quelques esprits chagrins pourront regretter des artifices graphiques qui génèrent de temps à autre des textures grossières (rappelons à ces mêmes esprits chagrins que tout le monde n'a pas les moyens de se payer une étoile de la mort juste pour jouer avec et claquons leur le beignet, ils le méritent), ou encore une absence de gestion - même au sein d'un mode optionnel de type Hardcore, comme pour Fallout New Vegas - de la faim, soif ou du besoin de sommeil. D'autres s'apesentiront sur l'absence de localisation des dégâts, la régénération de la vie ou quelques incohérences qui émaillent la trame d'une aventure par ailleurs magistrale... Ignorez ces fâcheux et foncez : si vous êtes adepte d'une vie solitaire, passée rideaux fermés à vous nourrir de junk food éclairé par la lumière tremblotante de votre écran, les yeux rivés sur ce dernier à massacrer votre souris en tremblant pour votre personnage, qui vient de se faire surprendre par un enc...... de mort-vivant manifestement adepte de la furtivité à tel point que lorsque vous reprenez votre souffle, vous constatez que votre tranche de pizza décore dorénavant votre clavier de manière tout à fait artistique et que votre coca goutte sur la moquette, sans même parler du cendrier renversé qui participe au ciment en train de se former sous votre chaise....alors Skyrim est définitivement pour vous !!!
SkyrimBien évidemment, les moins geeks d'entre vous doivent se dire que ce jeu n'est pas pour eux, ce en quoi ils se trompent lourdement ! Mais pour le leur démontrer, je vais devoir décrire ce superbe jeu plus en détail. Donc.... Skyrim commence de manière assez classique pour un TES : le héros (ou l’héroine) que l’on va incarner est prisonnier et se retrouve face à des officiels de l'empire pour s'entendre condamner à mort, gloups ! La bureaucratie étant la même partout, l'interlocuteur qui vient de vous envoyer baiser la camarde note dûment votre identité, vous donnant l'occasion de personnaliser votre héros (race, compétences de base, corpulence... les choix sont un peu plus réduits que dans d'autres opus, les constellations notamment ont disparu, mais l'ensemble reste efficace). L’aventure prend place 200 ans après les évènements survenus dans Oblivion (le TES IV) et, comme il est d'usage, dans une autre province, Bordeciel (ou Skyrim), contrée de montagnes enneigées et de précipices abrupts. Le Haut-Roi de Bordeciel a été assassiné et vous apprenez que l'un de vos codétenus, également condamné, est son assassin. On dit même qu'il l'aurait tué en criant, antique magie nordique que vous pensiez n'être qu'une légende. Alors que la décapitation s'approche à grand pas, l'attaque d'un dragon va permetre à l’aventure de commencer. Cette scène à elle seule justifie l'achat du jeu... gravir un escalier, mains attachées, tandis qu'un dragon souffle le feu à deux pas de vous et crame sans pitié les pignoufs qui vous ont condamné quelques minutes auparavant, quel bonheur ! Sans entrer plus avant dans les détails, le joueur va rapidement s'immerger dans le sort de cette province à deux doigts de la guerre civile et pourra, au fur et à mesure de la progression, se vouer à la quête principale ou, au gré de ses envies, se consacrer à d'autres impératifs, ou tout simplement vagabonder, histoire d'admirer le paysage. D'autres impératifs ? Beeeeen, oui, il y en a quelques uns... entre la guilde des assassins qu'il convient de resusciter, la guilde des voleurs qui cherche à retrouver sa gloire d'antan, l'académie des mages qui se retrouve dans la mouise à cause de crétins qui ont exploré une ruine qu'il aurait mieux valu oublier, les compagnons qui cherchent à se défaire d'une antique malédiction ou les impériaux et les sombrages entre lesquels il faudra choisir si d'aventure vous décidiez de favoriser l'un des clans de cette guerre civile qui, du fait de votre intervention, va rapidement faire un peu plus que simplement couver...le temps de jeu est tout simplement démentiel. Alors bien sûr me direz-vous, il y a bien les jeux en ligne qui......certes ! Mais, depuis Ultima Online et les centaines d'heures claquées en étripage de gobelin, je me suis juré de ne plus y toucher, donc on élimine cet argument, c'est comme ça, je suis chez moi !
Skyrim 4Pour être tout à fait honnête, et sans verser dans le massivement multijoueurs, j'aurais apprécié un mode collaboratif, qui aurait démultiplié les possibilités offertes... mais bon, vu que je pourrais en parler pendant des heures, mais que je préfère les consacrer à jouer, je vais la faire courte : si vous cherchez un jeu somptueux, avec une trame solide, très bien écrite, bien doublée, une bonne immersion et la sensation d'être complètement libre (sans même parler des inspis JdR), foncez ! Mais ne venez pas vous plaindre que vous êtes devenus no-life...on vous avait prévenus !

jeudi 19 janvier 2012

José-Carlos Somoza - La théorie des cordes

Théorie des cordesBon, après une longue absence, je reviens pour soumettre à votre appréciation un OVNI, dont le titre devrait interpeller les geeks les plus férus de physique (et/ou les assidus de la série The Big Bang Theory). Car José-Carlos Somoza parvient à pondre un très bon roman, à mi-chemin entre roman de hard science et thriller fantastique en partant des implications d'une théorie physique de pointe (à ce jour à tout le moins), la théorie des cordes.
Pour tenter de faire simple (et cela va être délicat car je ne maîtrise absolument pas mon sujet, donc si un physicien émérite passe par là et détecte une erreur, qu'il n'hésite pas à me la signaler), la théorie des cordes est une théorie physique qui tente de trouver une réponse globale à l'inadéquation de la théorie de la relavitié générale (souvent attribuée à Albert Einstein) dès que l'on atteint le niveau subatomique. Cette théorie semble d'ailleurs être d'autant plus ambitieuse qu'elle vise à apporter une réponse unificatrice par le biais d'une loi générale régissant les quatre interactions élémentaires connues : la gravitation, l'interaction faible (régissant certains processus intranucléaires), l'interaction forte (régissant la cohésion d'éléments au sein du noyau atomique) et l'électromagnétisme (régissant les liaisons entre le noyau et les électrons)... Rassurez-vous, j'ignorais tout ceci avant de consulter la merveilleuse source de doc qu'est wikipedia (ici notamment).
Ceci étant dit, quel est le rapport avec un bon roman de SF mâtiné de Thriller ? J'ai presque envie de vous répondre qu'il vous faudra lire ce roman pour le découvrir par vous-même, tas de feignasses....mais bon, après plus d'une année d'absence, je sens bien que je vous dois un peu plus que ça, pis Thabanne va encore me dire que je pourrais faire un effort quand même et pendant ce temps Puck s'acharne à refaire from scratch - pour votre plaisir messieurs-dames - des critiques déjà écrites, alors ok, je vous fais le pitch, c'est bien paske vous êtes gentils.
felixlol.jpgDonc, l'histoire.....on est en 2015, et le lecteur suit une certaine Elisa Robledo, prof de physique à Madrid, dont il sent bien qu'elle n'exploite pas pleinement son potentiel. Ceci permet aux néophytes de prendre contact en douceur avec les notions physiques élémentaires, la ficelle est grosse, mais efficace quand elle est bien utilisée. Le lecteur apprend également que cette demoiselle Robledo est à tout le moins fort séduisante, pour ne pas user de qualificatifs dégradants du style "c'est une bombasse avec trois gros cerveaux" (oups). Ceci dit en passant, et si vous me permettez cet apparté, il est parfaitement scandaleux de constater que les étudiants madrilènes ont une prof de physique digne de poser (nue de préférence) pour un magazine, tandis que je me suis cogné tout au long de ma scolarité des quadras bedonnants qui n'auraient, avec la meilleure volonté du monde, su éveiller les fantasmes du maniaque sexuel le plus pervers, expliquant sans aucun doute mon absence d'appétence pour la physique, théorique ou non - fin de la parenthèse.
Pour en revenir à nos moutons, Mlle Robledo va faire l'erreur d'ouvrir un journal et s'apercevoir du même coup que l'une de ses anciennes connaissances a été tuée. Pas juste morte, non, tuée de manière semble-t-il très très sale. mais ce n'est que grâce à un appel téléphonique qu'elle saura avec certitude que cet événement est en lien avec son passé et qu'elle est bien, comme elle l'a pressenti, en danger de mort. Pourtant, son interlocuteur ne lui a dit qu'un mot...zigzag.
Le long flash-back qui s'ensuit permet au lecteur de découvrir quElisa a participé en 2006 à une série d'expériences scientifiques visant à utiliser la théorie des cordes pour parvenir à voir des images du passé...et que plusieurs drames sont survenus, qui ont poussé les commanditaires de ces expériences (parmi lesquels traînent quelques bons specimens de psychopathes) à en enfouir les traces. La mort récente de son ancien collègue (mais si, vous savez, l'ancienne connaissance dont je parlais plus haut !) va obliger notre pin-up scientifique à revenir aux sources de cette ancienne histoire, car l'expérience menée voici des années semble bien en être la source...tada !
Bon, sérieusement, j'étais plutôt réticent mais je me suis retrouvé pris dans ce bouquin, commencé dans le train vers Paris, poursuivi à l'arrache dans le métro et terminé au retour : l'intrigue est efficace, le présupposé intéressant et le talent de l'auteur certain. Quant à la fin, je l'ai trouvée somptueuse. Ce n'est pas un chef d'oeuvre, mais un vrai bon bouquin, à lire si vous appréciez le suspens (avec une petite dose de sexe et d'horreur, on est pas des bêtes quand même) et souhaitez mettre un peu le bouzin dans votre perception de la SF. Car on touche là encore au véritable intérêt de ce genre, faire réfléchir...et lorsque vous repenserez au mot zigzag, rappelez-vous que, pour reprendre une citation célèbre, "science sans conscience est ruine de l'âme".

Boulet - Bagieu - La Page Blanche

thabbof.jpgBon bon bon...
L'affiche est vendeuse : Boulet au scénario, Pénélope Bagieu au dessin.
Le premier, je suis pas objectif, je suis fan. Du blog surtout, mais d'un peu tout. Du personnage.
La seconde, je suis sans plus, je souris à ses notes quand je pense à aller les lire.

Boulet - Bagieu - la page blancheEt j'attendais la Page Blanche avec pas mal d'impatience, suivant leurs échanges sur Twitter, assistant de loin à la création de leur bébé. Vinrent les première pages, et le début d'un doute. Je veux dire, une histoire d'amnésie, c'est un peu bateau... mais Boulet a un talent certain pour retourner les clichés contre eux.

L'objet est beau. Taille intermédiaire, beau papier bien lourd et brillant, couverture toute douce, belle reliure. Un vrai plaisir que de le tenir dans les mains.

Le dessin, j'aime bien. Les couleurs aussi. Le découpage, les décors, la construction, les ptits trucs qui donnent une âme aux cases, la rareté des bulles, vraiment, c'est lisible et plaisant. Intelligent.

Le scénario... Ben non.

Aucune surprise. L'histoire d’Éloïse suit son cours sans aucun coup de théâtre, ancré dans un quotidien qui vient noyer les fantasmes de séries américaines de l'héroïne. Éloïse voudrait que sa mystérieuse amnésie cache un secret, ou au moins un drame, une histoire. Contrepied. Il n'y a pas ce qu'elle attend, il n'y a pas ce qu'on attend, enfin ce qu'on voudrait avoir, même si je ne sais pas ce que c'est. Jusqu'à la dernière page, qu'on voit venir dès le premier tiers du bouquin...

Dommage.

La page blanche se lit vite, se lit bien. Trop. Il y a un genre de morale téléphonée - la vraie amie est moche, les copines sont aussi belles que superficielles, la vraie vie ce n'est pas celle des séries, sors et forge-toi une personnalité... Je suis déçu et un brin amer parce que j'attendais beaucoup plus. La page blanche n'est pas une mauvaise BD.

N'hésitez pas à la lire si elle vous tombe entre les mains.

Mais ne faites pas comme moi, n'en attendez pas trop.

jeudi 12 janvier 2012

Téméraire, Les dragons de sa majesté (tome 1, et un zeste de mention du tome 2), Naomi Novik

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Histoire de changer et pour les pressés qui n'en veulent pas plus, voici un bref avis pour commencer, et quelques arguments en suivant : Mix novateur entre fantasy draconique et roman historique à la Dumas, la saga de Téméraire est au premier abord réjouissante. Mais (oui les blogueurs affublés d'un avatar ressemblant à une chèvre sont syndicalement tenus d'en (é)mettre un) passée la description initiale les personnages évoluent très peu, et l'euphorie première dans le rétroviseur, la trame des aventures du héros et de son compagnon à écaille n'est guère originale. Cet avis a été confirmé par la lecture du tome 2, carrément longuet.

Naomi Novik - Les dragons de Sa Majesté

Téméraire est une uchronie centrée autour de l'utilisation de dragons pendant la guerre de Napoléon au reste de l'Europe. Désolé pour les fans des corses verticalement contrariés, mais le point de vue est anglais, et Napoléon y est donc évoqué avec la justesse historique qui convient. Les dragons sont utilisés en lieu et place de l'aviation. Mon prof d'histoire me fait vaguement remarquer que l'aviation n'existait pas à l'époque. Chaque race de dragon décrite, en fonction de sa taille et de ses capacités, possède un rôle : les plus petits se prennent pour l'aéropostale, et les plus gros jouent aux B42, ou autre modèle apte à larguer des gros trucs qui font boum, les puristes me pardonneront de mon ignorance crasse dans le domaine. La première partie du livre, de loin la meilleure, nous narre comment le héros, Laurence, va passer de la carrière prestigieuse de capitaine de la marine a celle, plus sulfureuse pour les mœurs de son temps, de capitaine dans l'aviation draconique. La scène d'introduction est une bataille navale qui vous plonge directement dans l'action, un œuf de dragon apparaît soudain, et la vie de Laurence bascule à tout jamais. On suit ensuite Laurence dans sa découverte du monde des dragons et de la relation à son dragon, qui évidemment pour l'histoire se révèle être un Z'AVEZ QU'A LIRE LE BOUQUIN BANDE DE FEIGNASSES.

L'histoire est globalement enthousiasmante si l'on adore un tant soit peu les romans de cape et d'épée, et spécifiquement l'ambiance d'armée en campagne (par exemple le siège de la Rochelle dans "Les Trois Mousquetaires"). Rajouté à cet ingrédient de base, le parcours initiatique du héros qui nous permet à travers ses yeux de découvrir le monde des dragons, et la relation entre le dragon et son capitaine. Impossible d'éviter ici la comparaison avec le cycle de Pern, légèrement en défaveur de Téméraire. Sans que cela soit catastrophique, tous les personnages présentés, dragons comme humains, le sont très correctement, mais n'évoluent pas de leur caractéristiques de base, ce qui peut en déranger certains, dont je fais malheureusement partie. Le style est agréable et sans temps morts, le livre se dévore assez rapidement. La bataille finale est assez décevante, et la surprise sur le dragon de Laurence à la toute fin l'est autant que les impôts en septembre. La lecture conviendra donc mieux à celles et ceux qui ne sont pas encore en âge d'avoir connu la beauté glaciale des enveloppes du trésor public. À ceux-là je dis : foncez dans ce cycle ! Aux autres, contentez-vous du premier tome, où la nouveauté apporte un peu de fraîcheur, et passez à autre chose.

Dans les questions sans réponses que je me pose : pourquoi ne pas avoir situé le cycle pendant la 1ère guerre mondiale, où l'aviation balbutiante a réellement existé ? Pourquoi n'ai je pas vu que Thabanne avait déjà fait une critique sur le même sujet, avec quasiment le même avis (un peu plus enthousiaste que le mien néanmoins) ?

dimanche 13 février 2011

Varley - Persistance de la vision

thablol.jpgTsss... ils disent qu'ils sont débordés, qu'ils n'ont plus le temps d'écrire de billets. Je suis pas débordé, moi ?

Voici une découverte due au talent d'un libraire de SF parisien dont j'aurais certainement l'occasion de reparler par ici. Du genre, après cinq minutes de conversation, à me refiler 5 ou 6 bouquins qui me conviennent tous parfaitement (pour le moment, je vous tiendrai au jus).

Vous, je ne sais pas, mais moi, je n'avais jamais entendu parler de John Varley. Ce qui est, pour moi, une excellente nouvelle : vu qu'il est tout sauf récent, il a déjà écrit une palanquée de bouquins que je vais m'appliquer à explorer.

Persistance de la vision est un recueil de neufs nouvelles explorant soit la science-fiction la plus pure, soit une anticipation plus intéressée par l'humain que par la description de l'avenir de l'humanité. Pas d'explications, peu d'analyses : plutôt des propositions, des ouvertures, des explorations très variées partant de postulats plus ou moins originaux. Certaines se recoupent et se retrouvent dans un "univers" commun, mais ce n'est pas l'intérêt du recueil.

John Varley - Persistance de la visionEt si... l'on pouvait sauvegarder notre mémoire et notre personnalité, mais seulement une fois de temps en temps, en fonction de ses moyens, accèderait-on à l'immortalité ? Où ne laisserions nous derrière nous en mourant qu'une espèce d'héritier ?

Et si... l'humanité décimée, devenue tellement différente de nous qu'elle ne peut que nous terrifier, tentait de créer un avenir en nous enlevant de notre présent ?

John Varley explore au fil de ses nouvelles, sans jamais avoir vraiment l'air d'y toucher, la définition de l'humanité, la solitude, le rapport à l'autre, jouant des environnements ou des situations dans lesquelles il nous plonge et nous immerge sans avoir besoin de plus de quelques lignes pour créer un paradigme logique et cohérent, facile à appréhender. C'est un vrai talent de novelliste, varié et original, qui réussit à nous offrir le meilleur de ce format : jouer avec des idées, des concepts, sans jamais s'y noyer ou diluer le propos dans un univers plus vaste que celui dont il a besoin.

Ceux qui n'aiment pas ce format ne l'aimeront pas davantage avec ce recueil : beaucoup aimeraient sans doute qu'il aille plus loin. J'apprécie au contraire la liberté qu'il nous offre.

A noter en passant : je n'avais jamais - ou presque - lu de nouvelles ou même de livres se risquant à baser leur intrigue sur (accrochez-vous) l'influence d'une modification de la définition de l'humain sur l'art. C'est horrible, dit comme ça. Je reprends : si une part essentielle de ce qui fait de nous des humains est modifiée (immortalité, symbiose avec une autre créature intelligente), comment cela peut-il influer sur notre façon de créer ? je sais, ça va vous faire peur. Et pourtant, on n'y pense pas un instant en lisant : on profite.

Et c'est là le talent de John Varley. Aborder des thématiques complexes, voire casse-gueule, avec une aisance et un naturel consommés.

dimanche 7 novembre 2010

Jean-Luc Bizien - Wonderlandz

thabbof.jpgJe poursuis l'exploration Bizien, débutée un peu par hasard avec le réjouissant Mastication, et poursuivie un peu de la même façon avec ce Wonderlandz pioché au hasard sur l'étagère du libraire : un bouquin grand format, un œil de dragon brillant sur un fond d'écailles mat en relief... L'objet attire.

Wayne est un dragon. Vivant avec l'humanité depuis des éternités, il partage et se nourrit de leurs rêves et de leur inspiration, cherchant au fil des vies humaines des muses capables de satisfaire son appétit d'imaginaire. Rares sont les humains capables de lui apporter plus qu'une éphémère satisfaction, de créer des univers assez riches et inspirés dignes d'un être éternel, qui a côtoyé les plus grands artistes depuis l'aube de l'humanité. Ces rêveurs sont rares, et fragiles. Ils sont aussi une ressource stratégique pour les dragons, qui se livrent une guerre plus ou moins feutrée pour ces sources de vie et de puissance.

Jean-Luc Bizien - WonderlandzWayne, c'est un gentil dragon. Je ne vais pas rentrer dans les détails de l'histoire, mais il y aura des combats, de l'amour, des plongées incarnées dans des univers littéraires pervertis par la lutte entre les dragons. Les amateurs de Matrix, Inception, Highlander et autres Princes d'Ambre ne seront pas dépaysés.

Moi, je regrette un peu la légèreté de l'écriture. Wonderlandz est un bouquin très simple d'abord, écrit à la première personne sur un mode trop descriptif à mon goût. Trop "jeunesse" peut-être ? Jean-Luc Bizien nous prend vraiment par la main pour nous décrire ses personnages et leur univers, trop sans doute, au risque de perdre en crédibilité et en fluidité (le type qui monologue pour expliquer sa vie, même s'il est mégalo, ça fait vraiment trop scolaire à mon goût !). N'étant pas du tout un habitué des romans étiquetés "jeunesse" (celui-ci l'est-il ?), je m'attendais peut-être à une plongée plus abrupte dans cette lutte entre dragons, à moins de prudence. C'est une caractéristique que je retrouve dans peu de romans dans mon souvenir... Les Féals de Mathieu Gaborit m'avaient, par moment, gênés de la même façon. J'aurais peut-être adoré à 15 ans, je ne sais pas. Là, en tout cas, cela a sérieusement refroidi mon enthousiasme, mais j'aimerais bien avoir l'avis de lecteurs plus jeunes et moins coincés que moi.

Bref : j'ai passé un bon moment à la lecture de Wonderlandz, mais, s'il faut comparer, moins qu'à celle de Mastication : l'écriture est la même, la trame comparable, mais ce dernier a une puissance jouissive qui fait défaut à un Wonderlandz qui me semble bien conventionnel... En plus, le livre est aussi un hommage (je ne rentre pas dans les détails, vous verrez si vous le lisez, et je me demande s'il n'y a pas perdu en spontanéité).

Il faudrait que je le colle entre les pattes d'un cousin plus jeune, pour voir.

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