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dimanche 29 avril 2012

Gabella - Jean - La licorne

thablol.jpgÇa y est, le quatrième tome de La licorne est paru. La série est terminée, et vous ne la connaissez pas encore ?

La licorne - couv tome 3A la fin du XVIème siècle, la médecine, grâce à quelques précurseurs osant braver les interdits de l’Église, progresse à pas de géants. Conrad Gessner, Ambroise Paré, étudient l'anatomie et appliquent la démarche scientifique à la médecine et à la chirurgie. Ces messieurs de la Faculté n'apprécient guère leur remise en cause de la théorie des humeurs et leurs méthodes de barbiers, et le savoir ancien pourrait bien les rattraper, lorsque les mythes prennent corps au mépris de toute rigueur scientifique, et s’immiscent dans une ancestrale lutte pour le contrôle de l'humanité.

Difficile de vous en dire plus sans dévoiler trop d'éléments de l'intrigue. La licorne mêle habilement, sur quatre tomes menés tambour battant, personnages historiques et sociétés secrètes, complots de l’Église catholique (que ferait-on sans elle ?) et créatures mythologiques. Il sont tous là : Nostradamus, Vinci, Paracelse, les médecins et chirurgiens suscités, ils voyagent d'Allemagne en Italie, en passant par la France. Le postulat est passionnant : les médecins et anatomistes modernes ont raison : les quatre humeurs et autres équilibres élémentaires et astraux des théories de Galien ne correspondent à rien, mais... il n'en a pas toujours été ainsi. Le corps de l'Homme serait-il en train d'évoluer ? A quelle fin ? Et comment ?

La Licorne - planche 1 tome 1Le dessin est magnifique : scènes urbaines ou paysages enneigés, écorchés, batailles ou plongées dans les eaux de Venise, le découpage est dynamique, le trait est clair : il évoque les planches anatomiques crayonnées mais colle parfaitement à l'action, qui ne manque pas. Au niveau des couleurs, rien à redire : les harmonies et les dégradés accompagnent parfaitement les luttes élémentaires de Paré et ses amis.

La Licorne a tout pour plaire : un scénario parfaitement calibré, qui sait où il nous mène (ce n'était pas évident lors de la sortie de la série, mais j'aurais du être plus confiant), avec tout ce qu'il faut de sociétés secrètes et d'enjeux cosmiques, de la magie mais à la sauce scientifique, des personnages attachants, un dessin typé et plaisant, bref, n'hésitez pas. Et si vous avez la chance de trouver les premières éditions, vous aurez même droit à des cahiers reprenant des éléments tels que la construction des couvertures, des créatures etc.

samedi 31 mars 2012

Patrick Lee - L'entité 0247

thablol.jpgVoilà un petit bouquin qui ne paye pas de mine mais qui vaut largement le détour.

Travis Chase passe à autre chose. Truand, flic, taulard, il espère fuir son passé, bien loin de chez lui. Accepter la place que lui offre son frère dans sa boîte d'informatique. En attendant de faire le point, il se plonge, à pied, dans les profondeurs de l'Alaska. Il ne devait pas imaginer qu'il tomberait sur l'épave abandonné d'un 747, ni qu'il se trouverait mêlé à une guerre entre agence secrète gouvernementale et groupe... terroriste (oui je reste flou : dur de parler de ce bouquin sans rien en dévoiler !).

Patrick Lee - L'entité 0247Patrick Lee démarre doucement, en se vautrant dans les clichés et les ficelles grosses comme des... heu... au moins comme ça. Et puis le rythme s'emballe, les ficelles prennent tout leur sens et l'écrivain joue avec virtuosité sur une intrigue et une action menées tambour battant. Jusqu'à l'indispensable retournement final de situation.

C'est brillant, très efficace, fluide et malin. Pas le roman de l'année, mais un bon... thriller mâtiné de SF et de polar, une recette qui à défaut d'être originale, fait passer un excellent moment de lecture. Plutôt court, vu qu'on le lâche pas le bouquin avant la fin, pas moyen.

A mon goût, le plus plaisant réside dans l'ennemi choisit, dont l'omniscience et la quasi-omnipotence obligent les protagonistes à essayer d'anticiper... tout en se doutant qu'ils auront, toujours, un coup, ou même beaucoup plus, de retard. Cela donne à l'intrigue un parfum d'inéluctable défaite dont on pressent pourtant qu'elle est inacceptable, dans un roman de ce genre. Je trouve étonnant, et très intelligent, de réussir à nourrir le suspense malgré ce "handicap" pour les héros - on peut plusieurs fois se demander à quoi servent leurs efforts, puisque tout semble participer du plan de leur adversaire. Et pourtant, ils continuent. Et pourtant, on en redemande.

A lire sans hésiter : ce n'est pas un roman de SF "philosophique", plutôt un bouquin d'action qui s'appuie habilement sur un concept de SF.

mercredi 7 mars 2012

Anonyme - Le livre sans nom

livre sans nomAlors là, c'est du lourd ! Pas un chef d’œuvre, loin de là, mais l'équivalent livresque d'un film de Tarentino, du genre qui se lit sans débotter, qui vous tient en haleine tandis qu'une petite part de votre cerveau ne peut s'empêcher de le trouver débile, foutraque et tous autres qualificatifs qui vous le feraient reposer aussi sec en temps ordinaire... Car le point fort de ce roman réside dans un complet et délirant mélange des genres, avec une très forte capacité de l'auteur à ne pas se prendre au sérieux. Et c'est tant mieux d'ailleurs car le lecteur ne peut apprécier cet instant de détente qu'en l'abordant au second, voire au Xème degré tant cet écrit relève du grand n'importe-quoi. Pour vous en convaincre, laissez-moi vous donner un aperçu des personnages : on y trouve, en vrac, des tueurs à gages, dont l'un est un sosie d’Elvis Presley, des barons du crime aussi caricaturaux et grotesques que violents et sadiques, des moines férus d’arts martiaux directement issus d'un film de Jet Li mais sans lui, sortant d'un monastère isolé et confrontés à une ville décadente et violente et aux tentations qui s'y trouvent, un terminator (si, si...), Batman, Robin et catwoman (itou), un hell's angel boxeur déjanté, des vampires et loups garous, deux flics dont l'un est spécialiste du paranormal, un homme de paille, un barman misanthrope gardant sous la main une boutanche de pisse à servir aux indésirables et, bien évidemment..... Le Bourbon Kid.
Comment, vous n'avez jamais entendu parler DU Bourbon Kid ?!?! Et bien lisez donc ce bouquin ! Na ! (je sais, c'est petit et mesquin, mais ça se mange sans faim).
L'histoire est simple, et rappelle quelques scénars de convention de JdR, plus prétexte à mettre les joueurs dans des situations invraisemblables en un temps limité que réellement construits : une mystérieuse pierre précieuse a été dérobée à ses protecteurs, un curieux ordre monastique. Dans la ville de Santa Mondega, réputée pour être la ville la plus violente au monde, l'angoisse grandit avec l'approche d'une éclipse annonciatrice de la réitération des horreurs survenues cinq années auparavant, lorsque le Bourbon Kid s'est déchaîné. Il semblerait que la pierre donne à son porteur de grands pouvoirs, particulièrement lors de l'éclipse...ce qui va permettre à tous les freaks de la création de se rencontrer en un chassé-croisé sanglant. Par ailleurs, les lecteurs d'un mystérieux bouquin sans titre semblent tomber comme des mouches, attisant encore l'ambiance délétère d'une ville décadente qui n'en avait vraiment pas besoin.
felixlol.jpgBon, ce livre ? Objectivement, non. Il est mal écrit, l'intrigue est simplette et aussi trouée qu'une passoire, les personnages sont caricaturaux, mal décrits et peu fouillés, bref autant d'ingrédients qui m'auraient en temps ordinaire poussé à vous conseiller de fuir ce roman. Je ne suis d'ailleurs, en écrivant cette critique, pas certain que ce n'est pas la chose à faire tant les défauts de ce roman sont grands. Ce n'est pas pour rien qu'il avait été refusé par tous les éditeurs consultés, ce qui a obligé son auteur à le publier sur internet, jusqu'à ce qu'un adepte se propose pour l'imprimer. Sauf que.....
Sauf que je ne peux m'empêcher de me rappeler les franches rigolades et le dépaysement vécus en le lisant ! Enfin un bouquin qui n'a d'autre justification que le plaisir du lecteur. Un mauvais bouquin, certes, avec plein de défauts, certains noyés dans l'accumulation de délires et d'autres tellement voyants qu'ils sont très certainement volontaires, l'auteur prenant plaisir à y aller franchement, avec ses gros sabots, les deux pieds dedans....mais un vrai moment de plaisir, du genre qui vous fait louper votre station de métro, trop occupé que vous êtes à rigoler.
Vous voulez passer du bon temps, absolument pas constructif ni enrichissant, juste un bon gros délire livresque ? Foncez ! N'en attendez rien, musclez sérieusement votre second degré et vous serez comblé....

jeudi 23 février 2012

Lehman - Créty - Masqué

thablol.jpgExcellente surprise achetée au hasard d'une boutique de BD !

J'avais apprécié l'expérience Brigade Chimérique, mais l'exercice formel du feuilleton et le dessins m'avaient un peu rebuté. L'idée était, si vous vous en souvenez bien, d'évoquer les super-héros européens, bien délaissés par rapport à leurs homologues américains.

Lehman - Créty - MasquéCette fois, Serge Lehman nous conte l'histoire d'un militaire français, dans un futur a priori pas très éloigné. Mobilisé pendant 6 ans en Afghanistan puis dans le Caucase, il a été mis au placard suite à un scandale où il a occupé l'enviable rôle de bouc émissaire. Il ne revient pas du tout pour se venger (ouf !), mais son dossier tombe entre les mains des responsables de la sécurité du préfet de Paris-métropole, qui décident de l'embaucher.

Seulement, en 6 ans, Paris a bien changé. Ce premier tome nous permet de découvrir avec lui une immense mégalopole aux accents rétrofuturistes, où les "anomalies", des espèces d'objets qui semblent prendre vie avant de s'éteindre, occupent l'actualité et, évidemment, les autorités.

Le dessin de Créty est clair et précis, plaisant, aussi fluide et efficace que dans Acriborea. L'esthétique de ce Paris rétrofuturiste exploite intelligemment l'architecture actuelle de la ville, ou ses voiture, son mobilier urbain, pour garder une familiarité crédible, tout en nous offrant une ambiance uchronique aux accents de science-fiction. Le scénario de Lehman est bien plus abordable que celui de la Brigade Chimérique. On suit l'histoire sans, cette fois, cette impression de manquer d'éléments dont on ne parvient pas à décider s'ils relèvent de futures surprises scénaristiques ou d'une culture générale qui nous manque. Ça va causer de super-héros, c'est évident, mais intelligemment, enfin il semble.

Et le moins que l'on puisse dire, c'est que l'on a envie de découvrir la suite. Ça tombe bien : apparemment, la parution des 4 tomes est prévue en un an, avec une répartition des tâches semblable à celle d'un studio américain (la couverture n'est pas de Créty, par exemple).

Reste à voir ce qu'il adviendra de cette série après ce premier tome très prometteur, mais je suis très optimiste. En tout cas, achetez sans hésitations !

mercredi 8 février 2012

China Miéville - The City & The City

felixlol.jpgCeux qui ont déjà lu un de ses bouquins savent que China Miéville est un poète, mais d'un genre assez particulier, maître dans l'art du pan dans ta gueule, du genre qui laisse d'impérissables souvenirs à ses lecteurs, que ces derniers aient ou non aimé le roman d'ailleurs. Et les critiques ne s'y sont pas trompé puisque - de l'inoubliable Perdido Street Station (t1 et 2) au fabuleux Les Scarifiés - ce jeune auteur a engrangé les prix prestigieux : Hugo, Locus, British Fantasy Award... Quant à l'opus qui nous intéresse, il a été assez largement primé : World Fantasy Awards 2010, Locus 2010, catégorie Best Fantasy Novel et Prix Hugo 2010 ex æquo, rien que ça !
Et ce déluge de prix et distinctions s'explique aisément par la qualité des écrits dont Miéville a le secret, et ce que ses lecteurs les apprécient ou pas, aussi curieux que cela puisse paraître. Je m'explique : l'auteur a le chic pour pondre des mondes uniques, délirants, incongrus et qui ont la propriété de marquer durablement celui qui les arpente. Ses intrigues sont quant à elles relativement classiques, mais exploitent pleinement les caractéristiques étranges de ses créations, ce qui les rend incomparables. A ce titre, chaque bouquin de Miéville est un OVNI, et celui-ci ne fait pas exception !
The cityLe lecteur est en effet rapidement plongé dans l'enquête policière menée par un certain Tyador Borlù, inspecteur de son état : une jeune femme inconnue est retrouvée morte dans un terrain vague. Jusque là, exception faite de noms à coucher dehors (du type avec des accents sur les z), on se rapproche des classiques du roman noir, pas de quoi fouetter un chat... juste quelques agacements passagers lorsque l'on butte sur des mots étranges, qui semblent de prime abord dus à des fautes d’orthographe (ce qui a, je l'avoue, le don de m'agacer prodigieusement) ou néologismes particulièrement curieux. Le héros parle ainsi de personnes qu'il "évise"...d'autres qu'il n'a pas le droit de voir....de lieux "bromatiquement proches".... puis finit par évoquer la particularité de cette ville, ou plus exactement de ces villes, à moins que ce ne soit de cette double ville ? Car Beszel et UI Qoma sont bien deux villes distinctes, formant d'ailleurs deux pays distincts, mais partageant un seul et même territoire. Attention, je ne parle pas de deux villes côte à côte, ni même d'un état indépendant au sein d'une ville appartenant à un autre état, mais de deux villes inextricablement imbriquées l'une dans l'autre et ne partageant rien d'autre qu'un emplacement commun et un croquemitaine chargé de faire respecter cette insolite séparation. Car bien sûr, toute interaction entre les deux villes est interdite, à tel point d'ailleurs qu'il faut un passeport pour passer de l'une à l'autre et qu'une fois de l'autre côté, il convient d'éviser les manifestations de la cité de laquelle vous êtes originaire...je vous laisse imaginer la complexité de la situation lorsque l'on aborde le côté pratique de la chose, la circulation automobile par exemple, le moindre accident de la route se traduisant immanquablement par une rupture...
Rupture, le mot est lâché ! Car toute transgression, même involontaire de ce statu-quo permet à la rupture, à la fois concept et force agissante, d'intervenir, les contrevenants disparaissant à jamais. Évidemment, il existe certaines latitudes, notamment concernant les enfants, ou certains étrangers, tant que ces ruptures ne sont pas trop flagrantes. Et, vous l'aurez deviné, l'enquête dans laquelle se retrouve plongé notre cher Tyador semble très fortement impliquer des éléments d'extranéité laissant penser à une situation de rupture... Je n'en dirai volontairement pas plus, vous laissant découvrir ce petit bijou par vous-même, mais sachez qu'il est - comme tous les Miéville d'ailleurs - assez frustrant. J'imagine les adeptes de la littérature cyberpunk en train d'imaginer des situations de co-existence de mondes virtuels et physiques, voire même magiques...et rien de ceci n'est à écarter définitivement. Miéville se délecte en effet à laisser ses lecteurs dans le flou et ne vous permettra pas d'arrêter définitivement votre choix.
Il ne reste plus, une fois le roman reposé, qu'un dépaysement intensément ressenti, un attachement à cette étrange ville et le souvenir d'une jeune femme, laissée au carrefour de deux réalités entrecroisées et dont la mort sera le prétexte d'un voyage merveilleux. Un roman à lire, tout simplement !

mercredi 25 janvier 2012

Bethesda - The Elder Scrolls V - Skyrim

Skyrim 3Bon Bon Bon, je me lance dans la critique d'un jeu en sachant parfaitement que l'épouse de Thabanne va me vouer aux gémonies si d'aventure son petit mari décidait de l'acquérir....ouais !!!!!
Les mots The Elder Scrolls ont la curieuse propriété de mettre les geeks de tous horizons dans un état second, caractérisé par les yeux dans le vague, l'écume qui monte aux lèvres et une séance dont la longueur dépend fortement de la présence de leur conjoint à base de réminiscences nostalgiques, souvent suivie d'un rush vers le plus proche PC en vue de la réinstallation d'un épisode de cette merveilleuse série, juste histoire de... Et Skyrim, le 5e opus (sans compter les quelques ovnis qui gravitent autour), risque fort de marquer de nombreux joueurs, assurant aux pépés dans mon genre - qui se rappellent encore Arena (le premier-né) - de nombreuses heures d'écoute.........non, je vous rassure, j'y crois pas, mais j'ai bien le droit de me faire plaisir non ?
Car c'est exactement ce dont nous parlons, de pur plaisir ! Lequel est d'ailleurs mâtiné d'une addiction certaine, la bête s'avérant résistante : de très très très nombreuses heures de jeu en perspective. Mais je m'égare, donc retour aux fondamentaux : le principe des différents TES réside dans leur titre...les parchemins des anciens (oui oui, c'est la traduction de The Elder Scrolls) sont en effet de puissants artefacts divinatoires qui recensent la saga de plusieurs héros, j'ai nommé les joueurs eux-mêmes, qui vont, jeu après jeu, se retrouver au centre d'événements qui marqueront de leur empreinte le continent de Tamriel. Alléchant non ?
felixlol.jpgParmi les autres caractéristiques de ces jeux (il s'agit de généralités, car depuis 1994 - date de sortie d'Arena - ils ont connu des évolutions profondes du fait notamment de la technique et des exigences des joueurs), il y a en vrac des aspects profondément politiques, les héros se retrouvant au centre de luttes entre factions, guildes... opposées, des démélés avec le système judiciaire, la carrière des joueurs commençant souvent en prison ou en esclavage, et une immense liberté d'action. Tout pour faire rêver, d'autant plus que la licence se caractérise par une grande cohérence, les éléments des différents opus se répondant par l'intermédiaires de livres, quêtes, personnages plus ou moins légendaires... (rien de plus jouissif lorsqu'un quidam vous parle d'un héros du passé et que vous vous rendez compte qu'en fait....C'EST VOUS, ou plus exactement votre personnage lors d'un opus précédent).
A noter, les éditeurs de ces épisodes sont restés à l'écoute de leurs joueurs et ont fait tester, au fil du temps, plusieurs idées par le biais de mods (les sources étant souvent mises à disposition de la communauté). Et lorsqu'une idée fonctionne....pan, on la retrouve dans le TES suivant ! A noter également, les heureux possesseurs de PC puissant pourront améliorer grandement les graphismes ou même modifier entièrement le monde une fois ce dernier entièrement exploré, merci aux acharnés de moddeurs.
Juste pour information, quelques liens, histoire de prendre conscience de la qualité et de la profondeur de ce monde :

Skyrim 2Et maintenant que vous en savez plus sur la série, qu'en est-il de Skyrim à proprement parler ? Pour faire simple, direct et efficace, c'est un must ! Certes, quelques esprits chagrins pourront regretter des artifices graphiques qui génèrent de temps à autre des textures grossières (rappelons à ces mêmes esprits chagrins que tout le monde n'a pas les moyens de se payer une étoile de la mort juste pour jouer avec et claquons leur le beignet, ils le méritent), ou encore une absence de gestion - même au sein d'un mode optionnel de type Hardcore, comme pour Fallout New Vegas - de la faim, soif ou du besoin de sommeil. D'autres s'apesentiront sur l'absence de localisation des dégâts, la régénération de la vie ou quelques incohérences qui émaillent la trame d'une aventure par ailleurs magistrale... Ignorez ces fâcheux et foncez : si vous êtes adepte d'une vie solitaire, passée rideaux fermés à vous nourrir de junk food éclairé par la lumière tremblotante de votre écran, les yeux rivés sur ce dernier à massacrer votre souris en tremblant pour votre personnage, qui vient de se faire surprendre par un enc...... de mort-vivant manifestement adepte de la furtivité à tel point que lorsque vous reprenez votre souffle, vous constatez que votre tranche de pizza décore dorénavant votre clavier de manière tout à fait artistique et que votre coca goutte sur la moquette, sans même parler du cendrier renversé qui participe au ciment en train de se former sous votre chaise....alors Skyrim est définitivement pour vous !!!
SkyrimBien évidemment, les moins geeks d'entre vous doivent se dire que ce jeu n'est pas pour eux, ce en quoi ils se trompent lourdement ! Mais pour le leur démontrer, je vais devoir décrire ce superbe jeu plus en détail. Donc.... Skyrim commence de manière assez classique pour un TES : le héros (ou l’héroine) que l’on va incarner est prisonnier et se retrouve face à des officiels de l'empire pour s'entendre condamner à mort, gloups ! La bureaucratie étant la même partout, l'interlocuteur qui vient de vous envoyer baiser la camarde note dûment votre identité, vous donnant l'occasion de personnaliser votre héros (race, compétences de base, corpulence... les choix sont un peu plus réduits que dans d'autres opus, les constellations notamment ont disparu, mais l'ensemble reste efficace). L’aventure prend place 200 ans après les évènements survenus dans Oblivion (le TES IV) et, comme il est d'usage, dans une autre province, Bordeciel (ou Skyrim), contrée de montagnes enneigées et de précipices abrupts. Le Haut-Roi de Bordeciel a été assassiné et vous apprenez que l'un de vos codétenus, également condamné, est son assassin. On dit même qu'il l'aurait tué en criant, antique magie nordique que vous pensiez n'être qu'une légende. Alors que la décapitation s'approche à grand pas, l'attaque d'un dragon va permetre à l’aventure de commencer. Cette scène à elle seule justifie l'achat du jeu... gravir un escalier, mains attachées, tandis qu'un dragon souffle le feu à deux pas de vous et crame sans pitié les pignoufs qui vous ont condamné quelques minutes auparavant, quel bonheur ! Sans entrer plus avant dans les détails, le joueur va rapidement s'immerger dans le sort de cette province à deux doigts de la guerre civile et pourra, au fur et à mesure de la progression, se vouer à la quête principale ou, au gré de ses envies, se consacrer à d'autres impératifs, ou tout simplement vagabonder, histoire d'admirer le paysage. D'autres impératifs ? Beeeeen, oui, il y en a quelques uns... entre la guilde des assassins qu'il convient de resusciter, la guilde des voleurs qui cherche à retrouver sa gloire d'antan, l'académie des mages qui se retrouve dans la mouise à cause de crétins qui ont exploré une ruine qu'il aurait mieux valu oublier, les compagnons qui cherchent à se défaire d'une antique malédiction ou les impériaux et les sombrages entre lesquels il faudra choisir si d'aventure vous décidiez de favoriser l'un des clans de cette guerre civile qui, du fait de votre intervention, va rapidement faire un peu plus que simplement couver...le temps de jeu est tout simplement démentiel. Alors bien sûr me direz-vous, il y a bien les jeux en ligne qui......certes ! Mais, depuis Ultima Online et les centaines d'heures claquées en étripage de gobelin, je me suis juré de ne plus y toucher, donc on élimine cet argument, c'est comme ça, je suis chez moi !
Skyrim 4Pour être tout à fait honnête, et sans verser dans le massivement multijoueurs, j'aurais apprécié un mode collaboratif, qui aurait démultiplié les possibilités offertes... mais bon, vu que je pourrais en parler pendant des heures, mais que je préfère les consacrer à jouer, je vais la faire courte : si vous cherchez un jeu somptueux, avec une trame solide, très bien écrite, bien doublée, une bonne immersion et la sensation d'être complètement libre (sans même parler des inspis JdR), foncez ! Mais ne venez pas vous plaindre que vous êtes devenus no-life...on vous avait prévenus !

jeudi 19 janvier 2012

José-Carlos Somoza - La théorie des cordes

Théorie des cordesBon, après une longue absence, je reviens pour soumettre à votre appréciation un OVNI, dont le titre devrait interpeller les geeks les plus férus de physique (et/ou les assidus de la série The Big Bang Theory). Car José-Carlos Somoza parvient à pondre un très bon roman, à mi-chemin entre roman de hard science et thriller fantastique en partant des implications d'une théorie physique de pointe (à ce jour à tout le moins), la théorie des cordes.
Pour tenter de faire simple (et cela va être délicat car je ne maîtrise absolument pas mon sujet, donc si un physicien émérite passe par là et détecte une erreur, qu'il n'hésite pas à me la signaler), la théorie des cordes est une théorie physique qui tente de trouver une réponse globale à l'inadéquation de la théorie de la relavitié générale (souvent attribuée à Albert Einstein) dès que l'on atteint le niveau subatomique. Cette théorie semble d'ailleurs être d'autant plus ambitieuse qu'elle vise à apporter une réponse unificatrice par le biais d'une loi générale régissant les quatre interactions élémentaires connues : la gravitation, l'interaction faible (régissant certains processus intranucléaires), l'interaction forte (régissant la cohésion d'éléments au sein du noyau atomique) et l'électromagnétisme (régissant les liaisons entre le noyau et les électrons)... Rassurez-vous, j'ignorais tout ceci avant de consulter la merveilleuse source de doc qu'est wikipedia (ici notamment).
Ceci étant dit, quel est le rapport avec un bon roman de SF mâtiné de Thriller ? J'ai presque envie de vous répondre qu'il vous faudra lire ce roman pour le découvrir par vous-même, tas de feignasses....mais bon, après plus d'une année d'absence, je sens bien que je vous dois un peu plus que ça, pis Thabanne va encore me dire que je pourrais faire un effort quand même et pendant ce temps Puck s'acharne à refaire from scratch - pour votre plaisir messieurs-dames - des critiques déjà écrites, alors ok, je vous fais le pitch, c'est bien paske vous êtes gentils.
felixlol.jpgDonc, l'histoire.....on est en 2015, et le lecteur suit une certaine Elisa Robledo, prof de physique à Madrid, dont il sent bien qu'elle n'exploite pas pleinement son potentiel. Ceci permet aux néophytes de prendre contact en douceur avec les notions physiques élémentaires, la ficelle est grosse, mais efficace quand elle est bien utilisée. Le lecteur apprend également que cette demoiselle Robledo est à tout le moins fort séduisante, pour ne pas user de qualificatifs dégradants du style "c'est une bombasse avec trois gros cerveaux" (oups). Ceci dit en passant, et si vous me permettez cet apparté, il est parfaitement scandaleux de constater que les étudiants madrilènes ont une prof de physique digne de poser (nue de préférence) pour un magazine, tandis que je me suis cogné tout au long de ma scolarité des quadras bedonnants qui n'auraient, avec la meilleure volonté du monde, su éveiller les fantasmes du maniaque sexuel le plus pervers, expliquant sans aucun doute mon absence d'appétence pour la physique, théorique ou non - fin de la parenthèse.
Pour en revenir à nos moutons, Mlle Robledo va faire l'erreur d'ouvrir un journal et s'apercevoir du même coup que l'une de ses anciennes connaissances a été tuée. Pas juste morte, non, tuée de manière semble-t-il très très sale. mais ce n'est que grâce à un appel téléphonique qu'elle saura avec certitude que cet événement est en lien avec son passé et qu'elle est bien, comme elle l'a pressenti, en danger de mort. Pourtant, son interlocuteur ne lui a dit qu'un mot...zigzag.
Le long flash-back qui s'ensuit permet au lecteur de découvrir quElisa a participé en 2006 à une série d'expériences scientifiques visant à utiliser la théorie des cordes pour parvenir à voir des images du passé...et que plusieurs drames sont survenus, qui ont poussé les commanditaires de ces expériences (parmi lesquels traînent quelques bons specimens de psychopathes) à en enfouir les traces. La mort récente de son ancien collègue (mais si, vous savez, l'ancienne connaissance dont je parlais plus haut !) va obliger notre pin-up scientifique à revenir aux sources de cette ancienne histoire, car l'expérience menée voici des années semble bien en être la source...tada !
Bon, sérieusement, j'étais plutôt réticent mais je me suis retrouvé pris dans ce bouquin, commencé dans le train vers Paris, poursuivi à l'arrache dans le métro et terminé au retour : l'intrigue est efficace, le présupposé intéressant et le talent de l'auteur certain. Quant à la fin, je l'ai trouvée somptueuse. Ce n'est pas un chef d'oeuvre, mais un vrai bon bouquin, à lire si vous appréciez le suspens (avec une petite dose de sexe et d'horreur, on est pas des bêtes quand même) et souhaitez mettre un peu le bouzin dans votre perception de la SF. Car on touche là encore au véritable intérêt de ce genre, faire réfléchir...et lorsque vous repenserez au mot zigzag, rappelez-vous que, pour reprendre une citation célèbre, "science sans conscience est ruine de l'âme".

Boulet - Bagieu - La Page Blanche

thabbof.jpgBon bon bon...
L'affiche est vendeuse : Boulet au scénario, Pénélope Bagieu au dessin.
Le premier, je suis pas objectif, je suis fan. Du blog surtout, mais d'un peu tout. Du personnage.
La seconde, je suis sans plus, je souris à ses notes quand je pense à aller les lire.

Boulet - Bagieu - la page blancheEt j'attendais la Page Blanche avec pas mal d'impatience, suivant leurs échanges sur Twitter, assistant de loin à la création de leur bébé. Vinrent les première pages, et le début d'un doute. Je veux dire, une histoire d'amnésie, c'est un peu bateau... mais Boulet a un talent certain pour retourner les clichés contre eux.

L'objet est beau. Taille intermédiaire, beau papier bien lourd et brillant, couverture toute douce, belle reliure. Un vrai plaisir que de le tenir dans les mains.

Le dessin, j'aime bien. Les couleurs aussi. Le découpage, les décors, la construction, les ptits trucs qui donnent une âme aux cases, la rareté des bulles, vraiment, c'est lisible et plaisant. Intelligent.

Le scénario... Ben non.

Aucune surprise. L'histoire d’Éloïse suit son cours sans aucun coup de théâtre, ancré dans un quotidien qui vient noyer les fantasmes de séries américaines de l'héroïne. Éloïse voudrait que sa mystérieuse amnésie cache un secret, ou au moins un drame, une histoire. Contrepied. Il n'y a pas ce qu'elle attend, il n'y a pas ce qu'on attend, enfin ce qu'on voudrait avoir, même si je ne sais pas ce que c'est. Jusqu'à la dernière page, qu'on voit venir dès le premier tiers du bouquin...

Dommage.

La page blanche se lit vite, se lit bien. Trop. Il y a un genre de morale téléphonée - la vraie amie est moche, les copines sont aussi belles que superficielles, la vraie vie ce n'est pas celle des séries, sors et forge-toi une personnalité... Je suis déçu et un brin amer parce que j'attendais beaucoup plus. La page blanche n'est pas une mauvaise BD.

N'hésitez pas à la lire si elle vous tombe entre les mains.

Mais ne faites pas comme moi, n'en attendez pas trop.

jeudi 12 janvier 2012

Téméraire, Les dragons de sa majesté (tome 1, et un zeste de mention du tome 2), Naomi Novik

pucklol.jpg

Histoire de changer et pour les pressés qui n'en veulent pas plus, voici un bref avis pour commencer, et quelques arguments en suivant : Mix novateur entre fantasy draconique et roman historique à la Dumas, la saga de Téméraire est au premier abord réjouissante. Mais (oui les blogueurs affublés d'un avatar ressemblant à une chèvre sont syndicalement tenus d'en (é)mettre un) passée la description initiale les personnages évoluent très peu, et l'euphorie première dans le rétroviseur, la trame des aventures du héros et de son compagnon à écaille n'est guère originale. Cet avis a été confirmé par la lecture du tome 2, carrément longuet.

Naomi Novik - Les dragons de Sa Majesté

Téméraire est une uchronie centrée autour de l'utilisation de dragons pendant la guerre de Napoléon au reste de l'Europe. Désolé pour les fans des corses verticalement contrariés, mais le point de vue est anglais, et Napoléon y est donc évoqué avec la justesse historique qui convient. Les dragons sont utilisés en lieu et place de l'aviation. Mon prof d'histoire me fait vaguement remarquer que l'aviation n'existait pas à l'époque. Chaque race de dragon décrite, en fonction de sa taille et de ses capacités, possède un rôle : les plus petits se prennent pour l'aéropostale, et les plus gros jouent aux B42, ou autre modèle apte à larguer des gros trucs qui font boum, les puristes me pardonneront de mon ignorance crasse dans le domaine. La première partie du livre, de loin la meilleure, nous narre comment le héros, Laurence, va passer de la carrière prestigieuse de capitaine de la marine a celle, plus sulfureuse pour les mœurs de son temps, de capitaine dans l'aviation draconique. La scène d'introduction est une bataille navale qui vous plonge directement dans l'action, un œuf de dragon apparaît soudain, et la vie de Laurence bascule à tout jamais. On suit ensuite Laurence dans sa découverte du monde des dragons et de la relation à son dragon, qui évidemment pour l'histoire se révèle être un Z'AVEZ QU'A LIRE LE BOUQUIN BANDE DE FEIGNASSES.

L'histoire est globalement enthousiasmante si l'on adore un tant soit peu les romans de cape et d'épée, et spécifiquement l'ambiance d'armée en campagne (par exemple le siège de la Rochelle dans "Les Trois Mousquetaires"). Rajouté à cet ingrédient de base, le parcours initiatique du héros qui nous permet à travers ses yeux de découvrir le monde des dragons, et la relation entre le dragon et son capitaine. Impossible d'éviter ici la comparaison avec le cycle de Pern, légèrement en défaveur de Téméraire. Sans que cela soit catastrophique, tous les personnages présentés, dragons comme humains, le sont très correctement, mais n'évoluent pas de leur caractéristiques de base, ce qui peut en déranger certains, dont je fais malheureusement partie. Le style est agréable et sans temps morts, le livre se dévore assez rapidement. La bataille finale est assez décevante, et la surprise sur le dragon de Laurence à la toute fin l'est autant que les impôts en septembre. La lecture conviendra donc mieux à celles et ceux qui ne sont pas encore en âge d'avoir connu la beauté glaciale des enveloppes du trésor public. À ceux-là je dis : foncez dans ce cycle ! Aux autres, contentez-vous du premier tome, où la nouveauté apporte un peu de fraîcheur, et passez à autre chose.

Dans les questions sans réponses que je me pose : pourquoi ne pas avoir situé le cycle pendant la 1ère guerre mondiale, où l'aviation balbutiante a réellement existé ? Pourquoi n'ai je pas vu que Thabanne avait déjà fait une critique sur le même sujet, avec quasiment le même avis (un peu plus enthousiaste que le mien néanmoins) ?

dimanche 13 février 2011

Varley - Persistance de la vision

thablol.jpgTsss... ils disent qu'ils sont débordés, qu'ils n'ont plus le temps d'écrire de billets. Je suis pas débordé, moi ?

Voici une découverte due au talent d'un libraire de SF parisien dont j'aurais certainement l'occasion de reparler par ici. Du genre, après cinq minutes de conversation, à me refiler 5 ou 6 bouquins qui me conviennent tous parfaitement (pour le moment, je vous tiendrai au jus).

Vous, je ne sais pas, mais moi, je n'avais jamais entendu parler de John Varley. Ce qui est, pour moi, une excellente nouvelle : vu qu'il est tout sauf récent, il a déjà écrit une palanquée de bouquins que je vais m'appliquer à explorer.

Persistance de la vision est un recueil de neufs nouvelles explorant soit la science-fiction la plus pure, soit une anticipation plus intéressée par l'humain que par la description de l'avenir de l'humanité. Pas d'explications, peu d'analyses : plutôt des propositions, des ouvertures, des explorations très variées partant de postulats plus ou moins originaux. Certaines se recoupent et se retrouvent dans un "univers" commun, mais ce n'est pas l'intérêt du recueil.

John Varley - Persistance de la visionEt si... l'on pouvait sauvegarder notre mémoire et notre personnalité, mais seulement une fois de temps en temps, en fonction de ses moyens, accèderait-on à l'immortalité ? Où ne laisserions nous derrière nous en mourant qu'une espèce d'héritier ?

Et si... l'humanité décimée, devenue tellement différente de nous qu'elle ne peut que nous terrifier, tentait de créer un avenir en nous enlevant de notre présent ?

John Varley explore au fil de ses nouvelles, sans jamais avoir vraiment l'air d'y toucher, la définition de l'humanité, la solitude, le rapport à l'autre, jouant des environnements ou des situations dans lesquelles il nous plonge et nous immerge sans avoir besoin de plus de quelques lignes pour créer un paradigme logique et cohérent, facile à appréhender. C'est un vrai talent de novelliste, varié et original, qui réussit à nous offrir le meilleur de ce format : jouer avec des idées, des concepts, sans jamais s'y noyer ou diluer le propos dans un univers plus vaste que celui dont il a besoin.

Ceux qui n'aiment pas ce format ne l'aimeront pas davantage avec ce recueil : beaucoup aimeraient sans doute qu'il aille plus loin. J'apprécie au contraire la liberté qu'il nous offre.

A noter en passant : je n'avais jamais - ou presque - lu de nouvelles ou même de livres se risquant à baser leur intrigue sur (accrochez-vous) l'influence d'une modification de la définition de l'humain sur l'art. C'est horrible, dit comme ça. Je reprends : si une part essentielle de ce qui fait de nous des humains est modifiée (immortalité, symbiose avec une autre créature intelligente), comment cela peut-il influer sur notre façon de créer ? je sais, ça va vous faire peur. Et pourtant, on n'y pense pas un instant en lisant : on profite.

Et c'est là le talent de John Varley. Aborder des thématiques complexes, voire casse-gueule, avec une aisance et un naturel consommés.

dimanche 7 novembre 2010

Jean-Luc Bizien - Wonderlandz

thabbof.jpgJe poursuis l'exploration Bizien, débutée un peu par hasard avec le réjouissant Mastication, et poursuivie un peu de la même façon avec ce Wonderlandz pioché au hasard sur l'étagère du libraire : un bouquin grand format, un œil de dragon brillant sur un fond d'écailles mat en relief... L'objet attire.

Wayne est un dragon. Vivant avec l'humanité depuis des éternités, il partage et se nourrit de leurs rêves et de leur inspiration, cherchant au fil des vies humaines des muses capables de satisfaire son appétit d'imaginaire. Rares sont les humains capables de lui apporter plus qu'une éphémère satisfaction, de créer des univers assez riches et inspirés dignes d'un être éternel, qui a côtoyé les plus grands artistes depuis l'aube de l'humanité. Ces rêveurs sont rares, et fragiles. Ils sont aussi une ressource stratégique pour les dragons, qui se livrent une guerre plus ou moins feutrée pour ces sources de vie et de puissance.

Jean-Luc Bizien - WonderlandzWayne, c'est un gentil dragon. Je ne vais pas rentrer dans les détails de l'histoire, mais il y aura des combats, de l'amour, des plongées incarnées dans des univers littéraires pervertis par la lutte entre les dragons. Les amateurs de Matrix, Inception, Highlander et autres Princes d'Ambre ne seront pas dépaysés.

Moi, je regrette un peu la légèreté de l'écriture. Wonderlandz est un bouquin très simple d'abord, écrit à la première personne sur un mode trop descriptif à mon goût. Trop "jeunesse" peut-être ? Jean-Luc Bizien nous prend vraiment par la main pour nous décrire ses personnages et leur univers, trop sans doute, au risque de perdre en crédibilité et en fluidité (le type qui monologue pour expliquer sa vie, même s'il est mégalo, ça fait vraiment trop scolaire à mon goût !). N'étant pas du tout un habitué des romans étiquetés "jeunesse" (celui-ci l'est-il ?), je m'attendais peut-être à une plongée plus abrupte dans cette lutte entre dragons, à moins de prudence. C'est une caractéristique que je retrouve dans peu de romans dans mon souvenir... Les Féals de Mathieu Gaborit m'avaient, par moment, gênés de la même façon. J'aurais peut-être adoré à 15 ans, je ne sais pas. Là, en tout cas, cela a sérieusement refroidi mon enthousiasme, mais j'aimerais bien avoir l'avis de lecteurs plus jeunes et moins coincés que moi.

Bref : j'ai passé un bon moment à la lecture de Wonderlandz, mais, s'il faut comparer, moins qu'à celle de Mastication : l'écriture est la même, la trame comparable, mais ce dernier a une puissance jouissive qui fait défaut à un Wonderlandz qui me semble bien conventionnel... En plus, le livre est aussi un hommage (je ne rentre pas dans les détails, vous verrez si vous le lisez, et je me demande s'il n'y a pas perdu en spontanéité).

Il faudrait que je le colle entre les pattes d'un cousin plus jeune, pour voir.

mercredi 3 novembre 2010

Références BD

Un court billet pour introduire de nouveaux sites placés en liens pour ceux qui veulent se tenir au courant des parutions BD, ou pour (re)découvrir des albums qu'ils auraient manqués :

BD Gest : presque institutionnel, ce site propose des critiques réalisées par des professionnels ou des amateurs éclairés, avec les avis de lecteurs via votes.

Coin BD est au contraire un site communautaire dont les critiques sont réalisées par des lecteurs "lambdas". Sa grande force vient à mon sens du dynamisme du site et des vieilleries exhumées par les visiteurs.

Le comptoir de la BD est un blog très actif du Monde.fr qui propose à la fois des billets sur des albums (récents pour la quasi-totalité) et des billets plus transversaux sur des sujets touchant à la fois au monde de l'édition, aux "cultures BD", des mises en perspectives ou des analyses.

Notez que les trois peuvent être suivis par flux RSS.

Pour répondre à une question posée l'autre jour sur ce blog : l'objectif de la Guerre de Trois est avant tout de partager des critiques, des coups de cœur ou de gueule sur des bouquins et des BD (ou autres) de nos bibliothèques respectives. Nous, c'est Puck (en hibernation), FeliX, Thabanne et peut-être Blanchécrin s'il poursuit son galop d'essai.

dimanche 31 octobre 2010

Ségur - Chamoiseau - Encyclomerveille d'un tueur

thablol.jpgUne BD de Thierry Ségur, c'est toujours un évènement. Après les Légendes des Contrées Oubliées et le Roi des Méduses, c'est cette fois avec Patrick Chamoiseau qu'il publie, chez Delcourt, une BD passée malheureusement inaperçue...

Ségur - Chamoiseau - Encyclomerveille d'un tueur T1Je veux dire : depuis novembre 2009, qui a entendu parler du premier tome de l'Encyclomerveille d'un tueur : l'orphelin de Cocoyer Grand-Bois ? Dites-moi que je me plante et que je suis juste pas doué, ça me ferait plaisir. Moi, c'est via un petit encart publicitaire dans un autre album que j'ai su qu'il existait. Et le grossier encart "creole-fantasy" m'aurait plutôt donné envie de partir en courant s'il n'y avait eu le nom de Thierry Ségur.

Je ne suis jamais très à l'aise pour parler BD. Discuter d'un scénario, pourquoi pas. Ce premier tome souffre du défaut classique des tomes d'introduction, passant bien plus de temps à nous exposer, d'une manière à la fois éblouissante et peut-être trop démonstrative, un univers riche et étrange, qu'à faire avancer l'histoire. L'orphelin de Cocoyer Grand-Bois est le fils d'un tueur de monstre, ces créatures qui s'échappent du chaos né des imaginaires de l'humanité pour envahir notre réalité. Son mentor, le fossoyeur du cimetière local, l'initie à la face cachée et essentielle de son métier : refermer les failles de plus en plus nombreuses ouvertes par le chaos dans son cimetière.

Ségur - Chamoiseau - Encyclomerveille d'un tueur T1Évidemment, l'orphelin n'est pas un enfant ordinaire, évidemment, il aura un grand rôle à jouer dans la lutte contre le chaos. Mais les "évidemment" s'arrêtent là, car l'univers de Patrick Chamoiseau est tout sauf évident. Quand je parlais d'éblouissement, je pesais mes mots.

Le dessin de Thierry Ségur prend alors toute son ampleur : des planches somptueuses qui débordent des pages pour retrouver, parfois, le chemin des cases, avec une construction complexe mais parfaitement maîtrisée et une palette de couleurs qui vient épuiser ma collection de superlatifs. La splendeur des mondes enchevêtrés, la déconstruction des pages par les failles jusqu'au storyboard, la conception des créatures hybrides issues des imaginaires entremêlés offrent un aperçu saisissant de la richesse de la mondialisation des cultures humaines, le vertige guettant ceux qui risqueraient d'y perdre leur identité ?

Au bout de trois lectures, ma fascination ne faiblit pas. J'espère que ce duo saura poursuivre cette œuvre prometteuse, et que la série ne tombera pas dans l'oubli.

lundi 4 octobre 2010

Cordurié - Pilipovic - Ravermoon T1. La Promesse des flammes

ravermoonHistoire de racheter la dernière découverte de Thabanne et vous proposer - enfin - une bonne BD, voici un petit bijou, nouvelle bonne trouvaille des éditions Soleil, dans la catégorie Fantasy ! Cette BD, achetée au hasard, s'est en effet avérée être de très bonne facture, cohérente et intéressante en plus d'être belle. Le dessin y est assez classique, peut-être un peu en deçà de la qualité du scénario mais souvent fouillé et plein de détails. Attention tout de même, on n'est pas encore au niveau d'un Dernier Loup d'Oz, dont le niveau de complexité frise le délire, mais les planches, tout en restant aérées et agréables permettent d'approfondir le monde en douceur, de lui donner une certaine cohérence...bref, du bel ouvrage.
ravermoon_plancheLe scénario est quant à lui intéressant. Je serais bien en peine de vous faire le pitch, tant les éléments s'entrecroisent en une trame qui promet beaucoup...en espérant que ces promesses seront tenues. Les auteurs mettent en effet en place plusieurs événements qui, peu à peu, trouvent un semblant de logique. La cité d'Ylgaard, dirigée par un régent qui n'est semble-t-il plus totalement humain et dont la conjointe est affligée d'un mal inconnu, semble en proie à des tensions, qui se traduiront rapidement par des série d'événements sanglants. Tensions au sein de l'académie de magie, au sein de laquelle les différentes écoles se disputent la gloire, et qui voit une jeune communauté s'imposer par le biais d'un sort permettant de contrôler l'écoulement du temps. Tensions sociales, alors que l'église du miracle - émanation d'un pays ennemi - prend de plus en plus d'influence par l'intermédiaire de sa magie curative. Tensions politiques lorsque le régent s'aperçoit que la vie de sa compagne ne pourra être sauvée sans cette magie curative...et bien sûr, les accessoires de ces tensions : chantages, enlèvements, assassinats et complots, qui ramènent Ravermoon - une jeune guerrière sœur d'un mage prometteur victime dune tentative d'assassinat - à Ylgaard malgré de puissants ennemis qui l'ont poussé à l'exil.felixlol.jpg
La trame est classique me direz-vous. Certes, mais elle semble bien employée et l'articulation de ce premier opus - quoique frustrante car peu révélatrice - semble promettre bien des développements intéressants. Alors ne boudons pas notre plaisir. Après tout, c'est dans les vieux pots...

samedi 25 septembre 2010

Dacre Stoker - Dracula l'immortel - mise en garde

vacheberk.jpgImmortel : Adjectif (féminin : Immortelle)
1 – Qui ne meurt pas, indestructible.
2 – Qui demeure toujours dans la mémoire des hommes.
(source : Dictionnaire de la langue française, en ligne)

Certains auteurs de talent parviennent à rendre leurs héros immortels, les faisant vivre et perdurer dans l’espace collectif de nos mémoires. D’autres, sans scrupules, les exhument pour en faire des indestructibles, qui par bien des aspects pourraient rejoindre la famille éponyme mise en scène par Pixar.

Dracula l’Immortel m’a été offert pour mon anniversaire, par des amis qui savent mon affection pour les histoires d’épouvante victoriennes. Il était là, posé sur un autre livre, les Jumelles de Highgate.

La couverture m’évoquait plus Jack l’Eventreur que Dracula, mais j’avais été accroché, naïf que je suis, par l’annonce d’une « suite officielle au chef-d’œuvre de Bram Stoker », qui plus est « d’après les notes originelles de grand-tonton ». Oui, parce qu’en plus, l’auteur, c’est le petit-neveu, Dacre. Que du bon en perspective, donc !

Bref, on n’est pas là pour parler de la famille.

Soyons clairs : Dracula l’Immortel est, à mon sens, mauvais. Rien ne permet de le comparer à Dracula.

Le style est pauvre, certes. ; faute de l’auteur ou du traducteur, je ne m’avancerai pas, n’ayant pas lu l’ouvrage en anglais (et l’on ne risque pas de m’y prendre).

Dacre Stoker - Dracula l'immortelJe pourrais vous parler de la forme générale. J’aurais aimé retrouver la forme épistolaire si bien tournée de l’œuvre d’origine. Avis personnel, peut-être.

Je pourrais également m’attarder sur l’enchaînement décousu des paragraphes, parfois sans cohérence chronologique. Certains auteurs savent jouer d’une certaine forme d’anarchie dans le temps de leur récit mais là, c’est soit mal pensé, soit utilisé pour générer un suspense artificiel qui ne prend pas. Attardons-nous d’ailleurs deux secondes sur le suspense, inexistant. On comprend dès la page 30 des secrets majeurs qui seront « révélés » par un tonitruant effet d’annonce 300 pages plus loin. Rien ne prend, ni la surprise, ni l’angoisse que l’on doit éprouver dans ce type d’ouvrage. On n’a pas peur, on n’est pas dedans, on ne s’implique pas. Entre la découverte d’un danger potentiel et la mort de la victime, s’il n’y a pas plus de 30 mots, la sauce n’a pas le temps de monter. A aucun moment je n’ai guetté un bruit suspect dans le noir ou eu du mal à fermer les yeux après ma lecture. Les scènes d’ « horreur » relèvent plus du gore potache que du Hitchcock.

Je pourrais vous dire tant de mauvaises choses encore sur la forme…

Hélas, il y a bien pire.

L’intention de l’auteur, Dacre, était de son propre aveu d’honorer l’œuvre de son aïeul et de remercier par une suite digne de ce nom tous les fans de Dracula en particulier, et de la famille Stoker en général (dont on scande de moins en moins le nom aux fenêtres des palaces, convenons-en). Trop d’œuvres pirates ayant exploité cette licence à tort et à travers, il était temps qu’un auteur servant la cause familiale vienne corriger tous ces caricaturistes qui dénaturent et humilient le vampire le plus connu de sa génération.

C’est raté. Si Bram a réellement laissé des notes ayant permis d’aboutir à ce texte, c’est peut-être qu’il a eu la présence d’esprit de ne pas les exploiter, lui. La suite de Dacre est plate et convenue, pas au sens de la suite que les fans attendaient, mais au sens des clichés modernes sur les vampires, l’amour, les petits oiseaux et les ingrédients d’un succès cinématographique assuré. Plus, elle est incohérente de bout en bout avec l’œuvre que Bram avait choisi de publier.

Si vous ne voulez pas que je vous dévoile l’intrigue (…) et qu’il vous devienne alors définitivement inutile d’ouvrir Dracula l’Immortel, ne lisez pas ce qui suit, restez sur ce simple avis : ne lisez pas le roman de Dacre, pour le temps que vous allez y perdre et les images que vous en garderez, capables de ternir jusqu’à l’œuvre de Bram Stoker, qui ne mérite pas de l’être.

Spoilers

Nous voici donc 25 ans après les faits qui ont bouleversé Londres, Whitby et la Transylvanie dans Dracula. Nos héros sont bien là, ils ont vieilli et sont tous devenus des loques humaines que l’on évacue bien vite. Le Dr Seward meurt dès le début, Jonathan Harker fait deux apparitions ébrieuses avant de finir empalé en plein Piccadilly Circus, Holmwood ne sert à rien et Van Helsing… Ah… Van Helsing…

On ne s’attache pas à eux et rien n’y contribue. On pourrait s’identifier à eux, mais non, car on nous ressasse bien qu’on ne peut pas comprendre ce qu’ils ont vécu. Circulez, y’a rien à comprendre. Et puis de toute façon, ils servent plus de décor que d’acteurs, ces héros. Ils ne sont ni fouillés, ni justifiés. Sous prétexte d’un grain de sable dans la grande roue du destin, ils ont tous dégoupillé à leur manière. Pas un n’a pris le mors aux dents. Ils subissent, ils dépriment. Soit ils sont mal dépeints, soit ils ont si peu de rapport avec l’image que l’œuvre de Bram Stoker nous avait laissé d’eux qu’on s’y perd.

L’histoire est tout aussi navrante. Vous voulez des exemples ?

Dracula est un gentil vampire. Il pourchasse sa cousine, une sadique immortelle qui commet des meurtres dans toute l’Europe depuis 400 ans. Elle est notamment passée à Londres en 1888, où les journaux l’ont surnommée Jack l’Eventreur (…). Si Dracula était venu à Londres dans le livre de Bram Stoker, c’était pour la traquer et l’empêcher de tuer des pauvres filles. Et cette bandes d’intrépides stupides que sont les Harker, les Van Helsing, les Holmwood et autres Morris n’ont rien pigé, et ont traqué le sauveur de ces dames. Quelle bande de baltringues !

Dracula, lui, c’est le gentil (on l’a déjà dit ?). Il n’a pas vraiment bouffé l’équipage du Demeter, qui est mort de la peste, forçant le pauvre Vlad à faire toute la traversée avec ces morts en sursis autour de lui (quelle honte pour un homme de son rang !). Il n’a pas vraiment tué Lucy Westenra, non plus. C’est Van Helsing qui l’a faite passer de vie à trépas en se trompant dans son protocole de transfusion sanguine. Du coup, le Hollandais a monté tout un bateau aux autres pour accuser Dracula et couvrir ses erreurs médicales.

C’est que le professeur Van Helsing, par contre, c’est un salaud. Un savant fou qui fait passer ses erreurs pour des manifestations du diable (Ahaha ! dirait Anthony Hopkins en campant le rôle). Un type sans scrupules qui, au lieu d’écrire des mémoires qu’il n’oserait pas signer, essaie de fabriquer un guide à l’usage des chasseurs de vampires en racontant ses aventures à un écrivaillon sans talent nommé Bram Stoker.

Oui, Bram Stoker est un personnage de Dracula l’immortel, aussi. Un pauvre raté qui essaie de vendre du Dracula comme il peut (son livre étant un navet qui ne rencontre pas son public), travestissant l’histoire du grand prince Dracula (déjà, il l’appelle comte, c’est dire s’il est mauvais biographe). Il meurt sous les crocs vengeurs du noble roumain, qui a la dent dure avec les auteurs d’ouvrages people colportant n’importe quelle rumeur sur les grands de ce monde (on sent bien l’hommage appuyé à Grand-Tonton).

Dracula, c’est un gentil (je pense qu’il n’est pas inutile d’insister), un guerrier divin au service du Très Haut. Il est jeune, il est beau, il sent bon le sable chaud, et il craint dégun. Mais il tue quand même, des fois. Mais toujours pour de bonnes raisons. Vous comprenez, il est né au XV e siècle, en Roumanie… Le meurtre et la torture, chez lui, c’est pas méchant, c’est culturel… Les Roumains et les hommes de l’époque apprécieront.

Finissons par les autres membres de la famille Harker. Il y a Mina, la groupie de vampires rendue éternellement jeune par le sang de Vlad et qui ne peut jouir que si son partenaire sexuel est mort depuis plus de cent ans, et Quincey, le fils de sa mère, alias Luke Skywalker.

Pourquoi Luke Skywalker ? Parce qu’en plus de camper des personnages fades et travestis qui n’ont gardé de l’œuvre d’origine que les patronymes, l’auteur utilise quantité de ficelles grosses comme des troncs d’arbre pour faire avancer son histoire. Y compris le particulièrement visible : « Salaud de vampire, tu as empalé mon père ! »« Non, Quincey… Je suis, ton père ». Dark Vador avec l’accent roumain. Ne me demandez pas quand, dans l’ouvrage de Bram Stoker, Dracula a pu trouver le temps de se taper Mina, mais c’est désormais un fait avéré et « soutenu par la famille ». Et bien avant son mariage avec Jonathan, qui plus est ! Dans l’adaptation de FF Coppola, au moins, l’amour trouvait une place justifiée et proportionnée dans le déroulement originel de l’histoire.

Parmi les autres ficelles, on trouvera des clichés graphiques à la pelle. Ça couche dans des cryptes abandonnées dans lesquelles les curés du XVIe ont pensé à laisser des caisses de bougies pour l’ambiance romantique. Ça vole comme dans Matrix avec des pouvoirs aussi grotesques qu’un X-Men mal habillé. Ça combat comme dans DBZ, y’a même un Kameha final. Et, évidemment, ça ne meurt pas, comme dans Die Hard. Dracula l’inmourable.

Et aussi, et surtout ai-je envie de dire, on a droit à l’inventaire complet des grands noms de la période. On rencontre pêle-mêle et sans aucun intérêt pour le scénario Henri Salmet, Oscar Wilde, Sarah Bernhardt et tant d’autres que j’ai oubliés. On prend l’avion, le train, l’automobile, et on embarque même sur le Titanic… De quoi prouver que l’on a affaire à un auteur sérieux qui s’est documenté sur l’époque qu’il décrit.

Un navet, donc, qui serait à ranger entre Buffy contre les vampires, avec moins d’humour (ou alors j’ai loupé le caractère parodique de l’œuvre) et Twilight, avec plus de sexe. Du sexe lesbien, évidemment, un vampire, c’est excitant quand c’est lesbienne. De toute façon, vous n’avez jamais couché avec un vampire, vous ne pouvez pas savoir. Mina, elle, elle sait.

Ah, tant que j’y pense. Dacre a laissé la possibilité d’une suite. Probablement pour que Google Stoker, le petit-neveu de Dacre, puisse écrire le troisième opus à partir des notes originelles retrouvées sur la clé USB de son tonton, rendant ainsi hommage à toute son ascendance littéraire.

Le Titanic appareillera donc pour les Amériques avec, sur le pont, un Quincey Harker résolu à recommencer sa vie, tandis que des caisses à la taille de cercueils, dans les cales, portent le nom de Vlad D., un prince roumain qui a fait la récente acquisition d’un bien à New York… Il faut dire que ledit prince a découvert dans les dernières pages de l’ouvrage que son véritable ennemi n’était pas sa cousine, mais son mentor. Toujours par deux ils vont, le maître et l’apprenti…

La suite sera-t-elle l’occasion d’un hommage à Clone Wars, ou à Hibernatus ?

Heureusement, les Jumelles de Highgate relèvent considérablement le niveau. Nous en parlerons peut-être ensemble, un jour…

PS : J’espère que Dacre se réveillera un matin avec son ouvrage devant lui, sur la couverture duquel une griffe bestiale aura gravé « MENSONGES » (si vous comprenez cette référence, c’est que vous vous êtes fait, comme moi, avoir par Dracula l’Immortel).

samedi 18 septembre 2010

Guy Gavriel Kay - Ysabel

thablol.jpgÇa faisait bien longtemps que je n'avais pas eu, à ce point, l'envie de vous parler d'un bouquin. Depuis... la lecture de Va-t-en-guerre de Terry Pratchett, sans doute. Mais le problème avec Terry Pratchett, c'est qu'au bout d'un temps, on en dit tout le temps la même chose. Avec quelques nuances sur la réussite du livre. Avec Guy Gavriel Kay, c'est un peu pareil, mais lui, je ne vous en ai pas encore parlé.

Le bonhomme compte parmi mes auteurs de fantasy préféré. Après avoir travaillé avec le fils Tolkien sur le Silmarillion, il s'est attelé à sa propre série de fantasy, une trilogie baptisée la Tapisserie de Fionavar. Pour faire court, un groupe d'amis d'une vingtaine d'années étaient propulsés dans un univers médiéval plein de magie, Fionavar, pour prendre petit à petit une place prépondérante dans une lutte éternelle contre les forces du mal. Le bouquin était terriblement prévisible, parfois maladroit, mais aussi très attachant et surtout plein de promesse concernant le talent de son auteur.

Dans les années qui suivirent, Guy Gavriel Kay changea de recette et se spécialisa dans une espèce de... fantastique historique. Prenant une mythologie, une histoire, une période, des personnages, s'en inspirant pour créer un roman plus ou moins teinté d'éléments fantastique (mais assez peu finalement : pas de batailles de mages et de démons dans tous les coins, sinon ceux que l'homme veut bien y voir). Dans cette veine, on compte Tigane, dont je garde un souvenir ébloui, les lions d'Al-Rassan et la chanson d'Arbonne, moins marquants, ainsi que la mosaïque de Sarance, qui m'avait laissé un souvenir mitigé. Je n'ai pas encore lu le dernier rayon du soleil.

Dans ces romans, les personnages de Guy Gavriel Kay ont l'horripilante manie d'être parfaits. Ce sont vraiment des héros avec une majuscule, qui prennent une dimension épique, voire mythique, à la fois sublime et crispante. On adore forcément ces personnages complexes et secrets, qui déjouent les pièges politiques les plus pervers et sont toujours les acteurs d'histoires d'amour dont on ferait une geste ou une chanson. Une chanson comme la Chanson de Roland, pas comme l'Avventura. Les héros de Kay sont des rois Arthur, des Auguste, des Alexandre : ils incarnent la légende. Mais en même temps, on aimerait bien qu'ils soient un peu moins parfait. C'est un style.

Guy Gavriel Kay - YsabelD'autre part, l'écriture de Guy Gavriel Kay est enchanteresse. C'est sans doute moins vrai pour Fionavar que pour ceux qui suivent, mais Kay a vraiment un exceptionnel talent de conteur, et une plume à la fois légère et précise, fluide et pourtant très riche. Le lire est un véritable plaisir. Dans le cas d'Ysabel, une erreur sur une commande Amazon m'a amené à le lire en anglais. J'ai été soufflé. Je veux dire, je ne suis pas trop mauvais en anglais "littéraire". Je lis des jeux de rôle en anglais depuis l'âge de 14 ans, et mes études m'ont plongé dans l'anglais scientifique, mais j'ai finalement lu peu de romans en anglais. Je me souviens du cinquième tome de Harry Potter, où j'ai découvert avec stupéfaction que la traduction française était non seulement excellente, mais peut-être meilleure que la version originale. Avec Ysabel, passées les 30 premières pages, j'ai cessé de traduire pour lire, dévorer le livre en anglais.

Cette fois-ci, l'action se passe à notre époque, en Provence. Ned Marriner, âgé de 15 ans, est un jeune canadien qui accompagne son père, photographe de renom, venu réaliser des clichés pour un livre sur l'histoire de la Provence. Rapidement, Ned se retrouve mêlé à une étrange intrusion du passé celtique de la région dans la France d'aujourd'hui. D'abord simple témoin, il tente petit à petit de comprendre son don puis se retrouve, de force, plongé dans une histoire d'amour millénaire entre une celte, un chef celtique et un négociant grec, dont la relation répétée, par cycles au fil des siècles, a influencé toute l'histoire de ce qui sera la Provence. On retrouve là la passion de Guy Gavriel Kay pour ces histoires d'amour qui transcendent le temps et l'histoire, sans pour autant sombrer dans la nunucherie pour lectrice de Barbara Cartland. L'intrusion du fantastique et de l'histoire dans notre actualité (celle de notre pays, en plus !) est particulièrement fine et intelligente, tout comme l'analyse et l'utilisation des doutes, des émois et des réactions d'un adolescent qui se découvre un don qui fait plus de lui un témoin impuissant qu'un super héros de légende.

Bref, oui, j'ai adoré. Ysabel est un vrai plaisir de lecture, à la fois sur le plan de l'intrigue, de l'écriture ou de l'utilisation et l'analyse des personnages. C'est un roman relativement court, ce qui contraste avec les habituels pavés de Guy Gavriel Kay, et qui a, et j'apprécie, une longueur "juste" : pas de détours ou d'intrigues inutiles, sans pour autant tomber dans le trop simple et direct. Ysabel vient donc prendre la seconde place derrière Tigane dans mon classement personnel des bouquins de cet auteur, loin devant tous les autres.

Enfin, et ça n'a rien à voir, la couverture est fort belle, et au lieu d'un quatrième de couverture avec un résumé qui vient trahir les détours de l'intrigue et un texte éditeur convenu et inutile, on a une tétrachiée de citations de critiques littéraires. C'est peut-être une habitude anglo-saxonne... mais tant qu'à dire du bien du bouquin, je préfère encore ça que nos habituelles quatrième de couverture françaises.

samedi 11 septembre 2010

Terry Pratchett - Pieds d'Argile et Va-t-en-guerre

thablol.jpgLes aventures du guet continuent ! Après Au Guet ! et le Guet des Orfèvres, nous retrouvons le commissaire divisionnaire Vimaire, devenu presque malgré lui un membre important de la société morpockienne, le parfait capitaine Carotte, les éternels Chique et Colon ainsi que les nouveaux membres du guet. Je ne sais pas pour vous, mais moi, je m'y attache terriblement, à ces personnages.
Terry Pratchett - Pieds d'argileVimaire : les atermoiements et les affres du troufion, de l'homme de la rue qui assume avec plus ou moins de difficultés les responsabilités et les pouvoirs que lui offrent désormais la charge qu'il mérite. Il n'est pas le héros, mais ses spectaculaires coups de gueule et poussées de courage couplés à sa tendance naturelle à regretter le bon vieux temps en font vraiment un personnage très attachant.
Carotte : lui, c'est un héros. sans doute pas le héros des aventures du guet, mais un héros, tout simplement. Il est parfait, juste parfait; mais trop parfait. Le héros idéal qui en fait trop, mais sans vouloir en faire trop, assumant simplement sa condition de héros parfait, c'est lui. Attendrissant.

Samuel Vimaire rêvait d'indices.
Il voyait les indices d'un mauvais œil. D'instinct, il ne leur faisait pas confiance. les indices, ça gênait.
Et il ne faisait pas confiance aux gars qui, dès le premier regard sur un inconnu, déclarent à leur compagnon d'une voix hautaine : "Ah, mon cher, je ne peux rien vous dire sinon c'est un tailleur de pierre gaucher qui a servi plusieurs années dans la marine marchande et a récemment connu des revers de fortune", puis débitent un tas de commentaires dédaigneux à propos de cals, de posture, d'état des chaussures, alors que les mêmes commentaires pourraient s'appliquer à un homme qui porte ses vieux vêtements parce qu'il a effectué un peu de maçonnerie chez lui pour une nouvelle fosse à barbecue, qui s'est fait un jour tatouer en état d'ivresse à dix-sept ans et qui a eu le mal de mer sur un trottoir mouillé. Quelle arrogance ! Quelle insulte à la diversité infinie et chaotique de l'expérience humaine !

Chicard et Côlon, indissociables abrutis dont Pratchett explore par surprise les nuances et les subtilités, se servant d'eux comme ressorts humoristiques, faire-valoir et en même temps morceaux d'humanité toute bête, avec cette simplicité qui rend le guet tellement proche du Morpockien moyen...
Le troll Détritus, la louve-garou Angua ou la naine Ridculle prennent petit à petit leur place, démultipliant les occasions de dialogues savoureux ou de situations absurdes, sans pour autant atteindre encore le capital de sympathie des premiers membres du guet (quoique cela soit de moins en moins vrai au fil des pages...).
Et puis il y a évidemment Vétérini, le patricien qui dirige Ankh-Morpock avec un cynisme, un esprit et une subtilité hors du commun, jouant avec les instincts, les rivalités et les motivations de ses concitoyens, et notamment les membres du guet...

Lorsque le patricien est empoisonné et que les golems se comportent étrangement, Vimaire et ses hommes ont bien du mal à comprendre qui est l'ennemi, s'il y en a un. En plus, il y a ces histoires de descendant du roi qui travaillerait au guet, et d'héraldique, et puis ces vieux assassinés, le tout sur fond de tensions liées aux golems qui non seulement prennent le travail des humains en travaillant bien mieux qu'eux, mais finissent par se comporter comme s'ils étaient un peu humains...

Pieds d'argile est un bon Pratchett, mais sans plus. Il ne me laisse en tout cas pas un souvenir inoubliable...

Terry Pratchett - Va-t-en-guerrePar contre, Va-t-en-guerre est une authentique réussite ! Je crois que le meilleur signal reste les gloussements ininterrompus à la lecture, l'envie irrépressible de faire partager cette hilarité en lisant des morceaux choisis à la ronde, et l'incrédulité devant le cocktail savamment dosé d'absurdité, de finesse dans les dialogues et de profondeur et de subtilité dans la réflexion, notamment sur les motivations des différents protagonistes... le tout sous une bonne grosse dose de folie disquemondienne. Une île est en effet apparue entre le Klatch et Ankh-Morpock, attisant les rivalités et aiguisant les appétits. Il ne faudra à quelques va-t-en-guerre que quelques rumeurs bien placées pour que chaque habitant d'Ankh-Morpock ou du Klatch se réveille en voyant dans son voisin l'étranger, l'inconnu, le barbare et le voleur. Peu importe, d'ailleurs, s'il est né ici, si on lui achète des kebabs depuis vingt ans ou s'il vit exactement comme vous. Il est plus bronzé, c'est un signe qui ne trompe pas. La démonstration aurait pu être facile et lourde sur cette thématique, mais Pratchett caricature avec un sadisme jouissif les raisonnements bêtes et méchants, les préjugés, les réflexes xénophobes et les pulsions belliqueuses, brossant à travers les portraits et les péripéties des puissants comme des hommes de la rue une peinture... rhoh, juste "juste". Va-t-en-guerre sonne juste. Et en plus c'est cruellement drôle. Mon Pratchett préféré avec Procrastination, ce qui n'est pas peu dire !

vendredi 27 août 2010

SF & BD, comme un air de nouveauté

La science-fiction, en BD, n'est finalement pas un genre très représenté. De l'heroic fantasy, on en a à la pelle. Du fantastique, un peu. Mais de la vraie SF ?

Dans les grands anciens, il y a évidemment les incontournables Valerian et Laureline de Christin et Mézières, dont la série vient récemment de se clore (et qui est rééditée en superbes intégrales, profitez-en !). Il y a aussi quelques adaptations de classiques de la littérature, comme la Guerre Eternelle, par Marvano et Haldeman. Et puis il y a le très 60's univers de Jodorowsky, avec ses hauts (Avant l'Incal) et ses bas (les Technopères)... Un peu de Bilal, Aquablue, Sillage (mais ces deux là, c'est presque de la fantasy) et je crois qu'on a fait le tour. Vous aurez sans doute bien quelques oublis qui vous viennent à l'esprit, mais je ne crois pas exagérer en disant que le genre est sous-représenté - notamment par rapport à la fantasy !

Pour mon plus grand plaisir - et le vôtre ? -, les nouveautés éclosent par-ci, par-là... signe des temps ou simple hasard ? Petit revue des ces séries à peine commencée, à suivre.

Lehman - Michaud - La saison de la Couleoeuvre, tome 1Déjà deux tomes pour la Saison de la Couloeuvre, par Serge Lehman et Jean-Marie Michaud aux éditions de l'Atalante, l'excellente maison nantaise qui s'aventure dans la bande dessinée (avec la brigade chimérique notamment). Le premier, plein de promesses, ouvrait les portes d'un univers SF presque rétro dans son ambiance mystique et son graphisme qui n'était pas sans rappeler le mythique Caza, qui illustra tant de romans de science-fiction (chez J'ai Lu notamment). Jouant sur les contrastes et les couleurs des révolutionnaires secouant la sclérose grise et policée d'un carrefour des voies galactiques, ce premier tome fut pour moi le creuset de nombreux espoirs hélas déçus par le second, mou et pénible (je ne m'en rappelle même plus, c'est pour dire, en dehors du fait qu'il m'avait ennuyé et déçu). Un dessin à la fois classique, peut-être trop respectueux des codes, mais osant de réjouissantes audaces conceptuelles, un scénario profond, au risque de devenir ennuyeux... J'espère que le troisième relèvera la barre ? Il doit sortir dans très peu de temps. A suivre en tout cas.

Labrosse - Ab iratoAb Irato, de Thierry Labrosse aux éditions Vent d'Ouest, nous plonge dans un Montréal immergé, objectif d'un jeune campagnard qui rêve - naïvement - d'un futur plus alléchant que celui des fermes de son enfance. Complètement paumé dans cette mégalopole où forces de l'ordre et révolutionnaires s'affrontent sur fond de domination des grandes corporations, il fera la rencontre de la jolie Neve tout en se foutant gravement dans les emmerdes, nous promettant un feu d'artifice de péripéties confinant parfois au parcours traditionnel du héros de fantasy. Distrayant, sympathique, prometteur, j'achèterai sans hésitation le prochain tome.

Alain Janolle - H.O.P.E.H.O.P.E. est nettement plus dans une optique "jeunesse". Lorsque les Drachs ont débarqué sur Terre, ils ont massacré la planète en quelques mois. Consciente de sa fin prochaine, l'humanité a conçu le projet H.O.P.E, de gigantesques complexes souterrains disséminés sur tous les continents, et abritant des millions d'embryons humains protégés par des intelligence artificielles. Ces dernières seront chargées de faire naître les enfants lorsqu'elles jugeront que la Terre sera de nouveau habitable. Malheureusement, les Drachs sont partis en laissant des sentinelles, créatures à l'esprit de ruche programmées pour achever la destruction de l'humanité. Deyann, Léa, Gabriel, Ben et les autres sont des adolescents, de la première génération réveillée par les IA. Le premier tome, Deyann, permet de faire connaissance avec eux et avec cette Terre post-apocalyptique. Le second offre la découverte d'un autre foyer humain, qui a dérivé d'une manière complètement bateau, mais bon. H.O.P.E. n'est clairement pas LA série originale de la décennie : c'est du classique, et même de l'archi-classique, mais l'ensemble reste joli, distrayant et cohérent. Disons que si on nous épargne des réflexions lourdissimes sur l'humanisme, l'écologie et ce genre de trucs abordés avec des sabots de trois mégatonnes, je continuerai avec plaisir à suivre la série.

Corbeyran - Grunn - Metronom'Metronom', par Corbeyran et Grun chez Glénat, est, de ces quatre séries, ma préférée. Et de loin ! Dans un futur pas forcément si lointain, un gouvernement a poussé la démocratie à son paroxysme et le réflexe sécuritaire au-delà de l'imaginable. Alors que des lois interdisant le suicide se mettent en place pour le plus grand bien de l'humanité (car le suicide nuit à la société, il relève donc de la trahison, enfin vous percevez l'esprit), une jeune femme cherche à comprendre ce qu'il est advenu de son frère, parti en mission spatiale et dont elle est sans nouvelle. Son enquête au sein d'une bureaucratie étouffante, avec l'aide d'un journaliste esthète, anarchiste et fouineur, l'amènera à découvrir que la mission spatiale est revenue, mais peut-être pas seule... Metronom' balance élégamment entre anticipation politique et science-fiction spatiale, ouvrant en même temps des pistes confinant au fantastique, le tout servi par un dessin particulièrement adapté au genre. Un premier tome très, très prometteur, pour une quadrilogie dont j'attends la suite avec impatience.

samedi 21 août 2010

Bordage - Graine d'immortel

thabnaze.jpgCela faisait bien longtemps que je n'avais pas lu Pierre Bordage. Pour moi, son nom reste associé à Étoiles Mourantes, co-écrit avec Ayerdhal : un excellent souvenir de lecture, bien qu'un peu lointain. Je sais aussi que j'ai lu les Guerriers du Silence, il y a bien longtemps... je ne me rappelle que de la couverture de Caza !

Alors lorsque ma libraire préférée m'offre Graine d'immortels (merci J'ai Lu et SciFi), c'est un parfum de nostalgie qui semble s'échapper des pages de ce petit volume. La couverture est hideuse, la quatrième de couv' ne m'apprend rien, mais peu importe.

Pierre Bordage - Graine d'immortelsMark Sidzik et ses proches semblent être des personnages récurrents. Je ne les connais pas, et cela m'agace un peu : leur présentation ressemble à des rappels convenus, passage obligé et ennuyeux, et en tout cas pas du tout attirant. Cela démarre aussi mal que l'appel à l'aide venu d'Inde, le genre d'accroche déjà bateau dans une partie de jeux de rôles. D'ailleurs, l'intrigue qui promène ces héros et les PNJ de rencontre de page en page ressemble furieusement à un scénar' de jeu de rôle linéaire et mal foutu, où les héros subissent comme ils peuvent les péripéties imposées par un MJ sadique et peu inspiré, qui aurait un peu trop bouquiné les guides touristiques indiens suite à un voyage dépaysant motivé par les reportages de la chaîne Voyages... Ça parle de génétique, de brevets sur le vivant, de capitalisme débridé et d'autres machins avec les couleurs de Slumdog millionnaire, mais en moins vif.

Le tout jusqu'au boss de fin, en passant par les multinationales manipulatrices, les gadgets technologiques, les méchants récurrents qui sont là parce qu'il faut bien brouiller un peu les pistes, bref, cela ne brouille que ces héros embrumés et démotivants : le lecteur, lui, s'endort aussi sûrement que le spectateur moyen d'une partie de jeux de rôles. Nan, parce que bon, vous avez déjà assisté à une partie ? Vu de l'extérieur, en général, c'est chiant. Les seules exceptions, ce sont celles de ces équipes en état de grâce, quand les joueurs et leur MJ rebondissent et rivalisent d'improvisations en péripéties, alternant l'humour le plus spontané ou l'inspiration la plus spectaculaire.

Le genre de truc épique qui n'a rien à voir avec ce livre. Tiens, j'oubliais, il y a aussi du sexe, mais mystique, alors ça va.

Moi, j'en suis désolé. J'ai la réaction du fan déçu, qui se demande s'il n'a pas été trompé sur la marchandise, qui se dit qu'il a loupé un truc, ou qu'il s'est gouré d'adresse.

Je vais retourner lire Étoiles mourantes, tiens.

samedi 3 juillet 2010

Gemmel - Druss la légende

thablol.jpgPetit-fils d'un tueur sanguinaire, Druss est un jeune bûcheron dont le père a choisi de fuir son héritage de souffrances en se réfugiant dans un village isolé, où, enfin, personne ne l'a reconnu puis chassé pour les fautes de son père. Colosse colérique, avec des vues très arrêtées sur ce qu'est le courage, la force ou l'honneur, Druss ne trouve un peu de calme dans son esprit envahi de colère que lorsqu'il se trouve avec sa jeune épouse, Rowena. Le raid d'une bande d'esclavagistes à la recherche de jeunes femmes va faire basculer son existence en le jetant sur les routes, en quête de celle qu'il aime, et l'amener à rentrer en possession de la redoutable hache qui fit la puissance de son aïeul. De son village natal aux batailles épiques d'une guerre désespérée, en passant par les bouges d'un port douteux ou les raids pirates, David Gemmel construit l'aube, le zénith et le crépuscule de la légende de Druss.

David Gemmel - Druss la légendeDruss la légende, comme son prédécesseur Légende (qui conte la dernière bataille de Druss), est, soyons simple, un sacré foutu bon bouquin d'heroic fantasy. Tous les codes sont respectés, de la découverte de l'héritage à l'histoire d'amour en passant par les batailles épiques, mais Gemmel transcende le genre par ses extraordinaires qualités de conteur, sa sobriété et la cohérence de l'existence de son héros. En gros, là-dedans, il y a ce qu'il y a dans tous les autres bouquins de fantasy épique, mais en mieux. Au jeu des comparaisons, disons que ses personnages ont la stature de ceux de Guy Gavriel Kay, mais en moins hiératiques. Ses batailles ont la violence de celles de Howard, mais en moins datées. Enfin, et ce n'est pas un détail, sobre et concis, il n'étale pas l'existence de Druss sur 15 tomes, même si Druss la légende n'est pas un "one shot" (mais plutôt le prologue de Légende).

Alors évidemment, l'intrigue n'a pas la subtilité de Gagner la guerre, et son univers médiéval-fantastique n'a pas sa cruelle authenticité historique. Ses personnages n'ont pas non plus une extraordinaire profondeur, mais Gemmel fait bien plus que le minimum syndical du héros de fantasy. Et si les codes peuvent lasser, leur utilisation juste et précise, virtuose même, permet de nous offrir ce que la fantasy fait de mieux : du rêve, une certaine exultation, voir une exaltation certaine. Pour le dire avec moins de jargon : Druss déchire sa race.

Gemmel nous offre la quintessence de l'heroic fantasy, quand l'histoire se confond avec l'Histoire, quand le personnage devient un héros, puis une légende. Alors si vous voulez vous reposer les neurones entre deux romans de science-fiction, si vous cherchez de quoi oublier les greluches bronzantes des transat' d'à côté, ou si vous vous emmerdez au boulot parce que tout le monde s'est barré en vacances - sauf vous - un bon Gemmel est exactement ce qu'il vous faut.

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